UNE FEMME AFGHANE

3414 001SYNGUE SABOUR, Pierre de patience, d’Atiq Rahimi – 1h42

Avec Golshifteh Farahani

Sortie : mercredi 20 février 2013

Je vote : 4 sur 5

L’histoire ?

Kaboul. Un guerrier gît chez lui dans le coma. A son chevet, sa jeune femme prie pour le ramener à la vie alors que, dehors, la guerre civile continue de déchirer la ville. Par moment, cette femme et ses deux filles doivent laisser l’homme pour aller se réfugier  l’autre bout de la ville dans une maison de passe tenue par sa tante. De retour chez elle, elle est forcée de se donner à un jeune combattant contre rémunération. Petit à petit, elle se révèle à elle-même et se met à confier à son mari inconscient ses désirs les plus intimes…

Pourquoi ce film est bouleversant ?

Ecrivain et cinéaste -on se souvient de Terre et Cendres–  Atiq Rahimi adapte ici son très beau roman éponyme sortie en 2008 et qui lui valut le prix Goncourt. Il raconte que Jean-Claude Carrière, scénariste célèbre,  lui a aussitôt dit que cela pourrait donner un « beau film« . Quant à Jeanne Moreau, elle lui adressa un mail : « Votre éditeur m’a envoyé votre livre, j’ai adoré, ça pourrait donner un beau film. » Le film, le voilà… Restait à réussir un pari difficile : faire vivre un huit clos oppressant. En filmant la parole. Sans pathos, en faisant pénétrer dans l’univers pauvre de cette femme l’air de la guerre à Kaboul -avec des miliciens qui font irruption, la quête du livreur d’eau, les silhouettes des femmes voilées qui filent dans la rue comme si elles avaient peur de se faire remarquer ou en posant sa caméra sans voyeurisme dans le bordel local- le cinéaste nous plonge dans le quotidien de cette jeune femme. Il fait le choix tout à fait subtil  de faire des mots de cette femme le « protagoniste » central de cette histoire. Il dit : « Filmer la parole comme acte et non pas comme information. Le cinéma est le seul art où vous pouvez montrer une infinité de situations en même temps. La parole mais aussi la pensée, les gestes. » Ainsi quand elle passe la main sur la blessure de la balle qui a plongé son mari dans le coma.Syngue_Sabour_-A_R_BenoiA_eI__t_Peverelli12Dans cette chambre en forme de décor d’un drame classique – symboliquement, elle remet le décor en place après chaque intrusion de la guerre- la prise de parole devient pour cette jeune femme le moyen de se libérer du poids des traditions d’un pays qui vit encore au rythme du Moyen Âge. « Le femme afghane, note le cinéaste, a, comme toutes les femmes du monde, un corps, des rêves, des désirs, des plaisirs… Dans une société phallocrate, tout lui est retiré. Nous sommes ici en Afghanistan avec les barbus, les talibans, et, au milieu de tout ça, il y a une femme qui ressent des choses. » Au fur et à mesure, le corps inerte de son mari symbolise un pays qui est paralysé, blessé, incapable de réagir sauf par la violence.

Portant le récit de bout en bout, il y a Golshifteh Farahani, belle jeune femme mystérieuse qui semble porter tous les Syngue_Sabour_-A_R_BenoiA_eI__t_Peverelli03malheurs du monde. Cette actrice iranienne -qui avait marqué l’écran dans A propos d’Elly- est une idéale interprète de cette ode à la femme afghane. Elle souligne : « L’image qu’elle renvoie est éloignée de ce celle communément admise de la femme musulmane : faible, silencieuse, soumise… C’est tout le contraire ici ! Il s’agit d’une femme en Afghanistan ou n’importe où ailleurs, qui décide d’agir. »

Aussi violent que poétique, l’adaptation du roman -accompli par le romancier avec Jean-Claude Carrière- est une réussite de bout en bout. Un film poignant et d’autant plus fort qu’il échappe à toute caricature.

Une réflexion sur “UNE FEMME AFGHANE

  1. NAÎTRE FEMME
    Je suis née au lointain d’un homme fou qui crache Sur ma douleur sourde qui appelle pitié, Je suis celle qu’on vend, qu’on lapide, qu’on cache, Qu’on excise, qu’on viole, je suis vitriolée.je suis ce pâle sourire pour des petites joies, Quelques fleurs colorent mes doux cheveux tressés, De mes mains fines je brode, je caresse, je bois, A cette source infime de ma vie oppressée. Je suis tendre regard pour les enfants joyeux,
    Fugitifs bonheurs dans ma vie de trépas,Je cueille leurs rires frais tout au fond de leurs yeux, Remèdes à ma survie suspendue à leurs pas. Je suis faite de cris, de larmes et de chagrin, Où les rondeurs d’un ventre alourdissent ma peine, Je ne peux être femme qu’à l’ombre d’un destin Je ne peux naître femme d’amour de tant de haine…..A toutes ces femmes oubliées en souffrance dans le monde.

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