DEUX JEUNES FILLES ENTRE AMOUR ET DIEU

AU DELÀ DES COLLINES, de Cristian Mungiu – 2h30

avec Cosmina Stratan, Cristina Flutur, Valeriu Andriutå

Sortie : mercredi 21 novembre 2012

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L’histoire ?

Orpheline, Alina revient d’Allemagne pour y emmener Voichita, la seule personne qu’elle ait jamais aimée et qui l’ait jamais aimée. Mais Voichita a rencontré Dieu et vit dans une communauté orthodoxe.  En amour, avoir Dieu comme rival n’est-il pas alors peine perdue ?

Deux raisons d’aller voir ce film ?

On peut redouter les films qui durent longtemps. Aucune crainte à avoir avec Au delà des collines, tant Cristian Mungiu sait mener un récit, même si le thème inspiré d’un fait divers réel, est mené de main de maître en ne cédant jamais au piège facile du mélo et des gros effets. Cette fois, il s’attaque à un sujet très polémique : les relations de l’homme avec la foi et les dérives qui peuvent en naître. Il souligne au demeurant : « Ça m’a toujours intéressé d’observer l’attention que mettent les croyants à respecter les règles et les interdits alors qu’ils appliquent si peu l’essence et la sagesse du christianisme à leur vie de tous les jours. »

Pour Cristian Mungiu, tout a commencé après avoir vu en 2005 un reportage aux informations. « C’était l’histoire de cette jeune fille qui avait rendu visite à une amie dans un petit couvent éloignée de Moldavie et qui avait fini par y mourir quelques semaines plus tard, après la célébration de ce que la presse nommait « un exorcisme ».  L’évènement a rapidement fait les gros titres dans tous les journaux roumains et, peu de temps est passé avant que la presse internationale reprenne l’histoire. L’Evêque du lieu s’est dépêché d’excomunier le prêtre et les religieuses associés à l’avènement dès que l’incident est devenu public, ne respectant pas les dispositions réglementaires stipulant qu’il faudrait une enquête. L’église orthodoxe a condamné l’évènement et s’en est distanciée. Plus tard, en 2012, on a décidé d’interdire entièrement la pratique de la lecture des prières de Saint Basil -considéré comme le principal instrument liturgique dans la lutte contre « Le Diable ». Cependant, internet est plein de films pris sur des téléphones portables, qui montrent que cette pratique continue… » 

Cristian Mungiu

A partir de tous ces faits et de deux « romans non fictionnels« , évoquant cet incident, signé d’une journaliste travaillant alors à BBC Londres, Tatiana Niculescu Bran, il a construit ce scénario très dense, couronné par un prix à Cannes. Un récit qui est une réflexion aussi sur la façon dont un groupe peut détruire l’individu au nom d’un bien commun. Tournant dans des conditions difficiles, dans un décor reconstitué près d’une petite ville située à presque 100 kilomètres de Bucarest, Mungiu restitue alors l’atmosphère étouffante de ce couvent et ce, d’autant plus qu’il se trouve dans un décor sauvage et vaste, isolée au cœur de l’hiver.  Avec le ballet mécanique de ces religieuses qui suivent passivement les rites collectifs.

Au-delà des collines Extrait 1 par toutlecine

Outre le Prix du scénario, le dernier Festival de Cannes a décerné celui  d’interprétation féminine aux deux jeunes actrices du film qui, l’une et l’autre sont remarquables dans des personnages déchirés entre leur amour, socialement mis à l’index, et Dieu. Cristine Flutur  et Cosmins Startan y est sont d’autant plus étonnantes que c’est leur première apparition dans un long métrage !

Je laisse la conclusion provisoire à Christian Mungiu qui croit en l’intelligence des spectateurs et lance : « J’espère que les gens se feront leur propre opinion et qu’ils l’exprimeront : l’important n’est pas de quel côté ils se placent tant qu’ils ne restent pas passifs comme le monde dans lequel nous vivons. »

Si ce beau film, très fort, peut servir à ça, ce serait déjà une belle victoire…

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