THÉRÈSE DESQUEYROUX, de Claude Miller – 1h50
Avec Audrey Tautou, Gilles Lellouche, Anaïs Demoustier, Catherine Arditi
Sortie : mercredi 21 novembre 2012
Je vote : 4 sur 5
Quezako ?
Une nouvelle adaptation du classique de François Mauriac publié en 1927. Dans les Landes, Thérèse Laroque devient Madame Desqueyroux après un mariage arrangé avec Bernard. Il s’agissait avant tout de réunir les terrains familiaux. Mais, cette jeune femme se rebelle contre les conventions et veut se libérer du destin qu’on tente de lui imposer…
THERESE DESQUEYROUX – Extrait 1 par UGCDistribution
Deux acteurs à contre-emploi ?
Pour signer ce portrait d’une femme libre se révoltant contre les conventions d’une bourgeoise étriquée de province, Claude Miller a fait appel à Audrey Tautou qui surprend par la gravité de son jeu, son mystère dès les premières séquences. L’actrice le reconnaît sans ambages : « Thérèse, c’était une partition rêvée : un emploi très différent de tout ce qu’on m’avait proposé jusque-là. » Avec une grande économie de jeu, elle parvient à exprimer la dureté de cette jeune femme, sa détermination et son orgueil. Face au monde immuable de sa belle famille, elle incarne tout un sentiment de révolte : à cet égard, la scène où elle est contrainte de sortir de sa chambre pour recevoir sa belle sœur et son fiancé est très symbolique. Thérèse est in fine une femme à la personnalité très forte même quand elle semble perdue. Audrey note : « Même lorsqu’elle est enfermée, qu’elle passe des « barreaux de la famille » à ceux d’une vraie geôle, elle ne pleure pas sur elle-même. A ce moment-là, elle devient juste indifférente à la vie. »
L’autre vraie surprise du film, c’est Gilles Lellouche que l’on n’avait jamais vu dans un tel personnage tragique et digne. Il n’est ni un mec limité, ni un pur bourgeois mais un monsieur aux habitudes simples – le fait de chasser lui procure un bonheur sans failles- et qui est surtout amoureux de Thérèse au point de comprendre son appétit de liberté. En campant Bernard qui « n’arrive pas à s’ouvrir aux autres », Gilles Lellouche fait une composition étonnante d’un homme incapable d’échapper au carcan familial. Evoquant sa partenaire de jeu, le comédien lui rend hommage : « Je trouve Audrey démente dans le rôle de Thérèse : elle a une dureté, une noirceur et une profondeur qu’on ne lui connaissait pas. » Gilles Lellouche est aussi étonnant dans des séquences dures, notamment celle où, mourant, il joue toutes les étapes de la souffrance qui semble suinter de sa carcasse.
Avec son ultime film – il est mort quelques semaines après la fin du tournage- Claude Miller réussit à revisiter le roman de Mauriac et à nous surprendre par sa direction d’acteurs. Un film fort et sensible.
