KIRIKOU et les hommes et les femmes, de Michel Ocelot – 1h28
Musique : Thibault Agyeman
Sortie : mercredi 3 octobre 2012
Je vote : 3 sur 5
Quezako ?
Le grand-père de Kirikou sert de fil directeur à cinq contes qui sont comme autant de plongées dans l’enfance du petit héros serviable et joyeux. Des tranches de vie où Kirikou a aidé des hommes et des femmes de son village et d’ailleurs. Au gré de ces récits surgissent la Femme Forte, la Griotte sans oublier la célèbre Sorcière.
Qu’en penser ?
Les cinq contes sont l’occasion pour Michel Ocelot d’évoquer plusieurs thèmes qui lui sont chers : la transmission du savoir, la fraternité comme le racisme à travers la belle histoire de l’enfant touareg perdu. Il souligne : « J’ai pu montrer ainsi une arrivée naturelle de « racisme » et sa disparition tout aussi naturelle. Il est certain que si on voit arriver vers soi une personne à la peau verte avec des ronds rouges, on s’en mégie, mais cela repart dès que l’on voit qu’il s’agit d’un être humain qui ressent les mêmes choses que soi-même, qui peut me faire du bien et à qui je peux faire du bien. «
De même l’histoire de la flûte lui permet de souligner comment la musique permet de rapprocher les gens, comme aime à le dire un réalisateur qui passa son enfance en Guinée. « Ne pas avoir honte de se mettre à bouger, voilà quelque chose qui est très africain, et que les occidentaux ont perdu. » C’est un jeune compositeur, Thibault Agyeman -né à Pithiviers en 1986- qui signe la musique originale fort réussi du dessin animé avec Angélique Kidjo qui donne de la voix pour donner vie à Karaba. Il raconte : « J’étais un peu nerveux avant de la rencontrer mais dès qu’elle a franchi le pas de la porte du studio et que nous avons commencé à discuter, j’ai eu l’impression que je la connaissais depuis dix ans ! »
Ce conte est aussi l’occasion d’évoquer les belles relations entre l’enfant et sa mère, mélomane à ses heures. Tout est prétexte dans ces contes à distiller une belle philosophie de vie où les méchants n’ont jamais le dernier mot et ne tirent jamais leur épingle du jeu.
Le danger auquel n’échappe pas ce nouvel opus, est celui d’une perte de rythme selon l’intensité des récits, qui sont surtout liés par la musique, omniprésente dans l’univers de Kirikou. Michel Ocelot reconnaît d’ailleurs avec beaucoup de franchise qu’il n’avait pas matière à un récit unique : « La grande histoire de « Kirikou et la Sorcière » est dite : on ne peut pas ajouter un autre grand récit dedans. On ne peut pas non plus faire une suite chronologique à « Kirikou et la Sorcière », car on a fini sur Kirikou en magnifique guerrier, qui, malgré sa beauté, n’intéresse plus personne. Le personnage qui nous tuche, c’est le nouveau-né, tout petit, tout nu. S’il n’est pas tout petit, tout nu, ce n’est pas lui… »
Enfin, on peut se demander ce qu’apporte de plus ici la 3D ans l’univers coloré et poétique de Kirikou tant le cinéaste a limité les effets propres à cette technique et préféré user d’une « 3D plate » ainsi définie par Ocelot : « J’utilise un espace au-delà de l’écran qu’on ressent très bien, mais chacun des objets éparpillés dans cet espace est plat, sans épaisseur, et s’inscrit dans les limites de l’écran, comme dans un théâtre. L’image-relief donne une existence physique au tour de l’écran, un cadre noir solide. » Avis donc aux amateurs de théâtre d’ombres…avec de la (belle)couleur.
