APRES LA BATAILLE, de Yousry Nasrallah – 2h02
Avec Menna Chalaby, Bassem Samra, Nahed El Sebaï
Sortie : mercredi 19 septembre 2012
Je vote : 3 sur 5
Mahmoud est un des cavaliers de la place Tahrir en Egypte. Le 2 février 2011, manipulés par les services du régime de Moubarak, ces hommes chargent les manifestants réunis pour défendre la liberté. Tabassé, sans travail, il est ostracisé dans son quartier pauvre proche des Pyramides. Il croise Reem, jeune Egyptienne travaillant dans la publicité, divorcée, et qui mène une existence de jeune femme moderne. La rencontre inattendue entre cette militante révolutionnaire et le cavalier change le cours de leur vie.
Et alors ?
Après avoir participé au film collectif, 18 jours, Yousry Nasrallah revient ici sur un des thèmes permanents de son cinéma : la relation entre le collectif et l’individu. Avec, cette fois, un bémol : le contexte politique si particulier et fort, celui de la révolution égyptienne qui fut scrutée par les médias et portée par les réseaux sociaux.
Pour ce faire, il a fait un gros travail de documentation, ce qui l’a conduit à modifier son point de vue comme il le raconte : « J’avais vu 150 fois la charge des chameaux à la télé, et j’étais 100 % convaincu que ceux qui les montaient étaient armés. Au moment d’utiliser ces séquences dans mon court métrage, je découvre stupéfait qu’ils n’ont pas d’armes et que ceux qui se sont fait le plus rosser, ce sont les cavaliers. Et en outre, ces gens, je les connaissais : c’est avec eux que j’ai tourné « A propos des garçons, des filles et du voile », chez eux à Nazlet. Cela devenait étrange que ces gens avaient été utilisés et même manipulés deux fois : en étant envoyés attaquer la place, et en étant utilisés par les médias pour détourner l’attention des faits infiniment plus graves survenus juste après des jets de cocktails Molotov et des tirs de snippers conte les manifestants, dont on n’a pratiquement pas parlé. Toute l’attention était sur les chevaux et les chameaux. Je me suis dit qu’il fallait faire un film qui partirait de là. »
En partant d’un début de relation amoureuse entre deux personnages que tout oppose, et en montrant très vite ses limites -ce qui donne une vraie crédibilité à son histoire- le cinéaste décrit la révolution à travers bien des personnages : des petites gens aux notables qui font tout pour soutenir un régime ébranlé.
Même si le film n’évite pas quelques longueurs, il est porté par des comédiens au jeu mesuré. Que ce soit Menna Chalaby qui campe avec beaucoup de charme Reem, jeune femme de son temps qui a du mal à décrypter les mœurs anciennes et Bassem Samra, cavalier déchiré entre son sens de l’honneur et une situation politique qui le dépasse. A leurs côtés, il y a aussi Nahed El Sebaï, Fatma, l’épouse de Mahmoud, qui tente de conserver un visage digne malgré l’ostracisme vécue par sa famille et surtout ses enfants à l’école.
Ce film qui symbolise, comme le souligne le cinéaste « la possibilité d’exister d’une autre manière« , est une histoire forte. Une fiction riche comme un documentaire.



