UNE DOUCE COMEDIE SIGNEE NOEMIE LVOVSKY

CAMILLE REDOUBLE, de Noémie Lvovsky – 1h55

Avec Noémie Lvovsky, Samir Guesmi, Denis Podalydès, Mathieu Amalric, Yolande Moreau

Sortie : mercredi 12 septembre 2012

Je vote :  4  sur 5

L’histoire ?

Camille a seize ans lorsqu’elle rencontre Eric. Ils s’aiment. Camille donne naissance à une fille… Eric quitte Camille pour une femme plus jeune. Le soir du 31 décembre, Camille se trouve soudain renvoyée dans son passé.  Elle retrouve ses 16 ans, ses parents, ses amies, et son adolescence… Elle revoit Eric, revit leur passion et la naissance de leur fille.  En remontant le temps, peut-elle changer leur vie  ? Ou l’aimer à nouveau alors même qu’elle connaît la fin de leur histoire ?

Pourquoi aimer ce film ?

En jouant sur un clin d’œil autobiographique -même si elle n’a jamais connu les galères et l’insuccès de cette Camille,  comédienne en herbe- Noémie Lvovsky évoque d’une façon très astucieuse l’idée de la seconde chance. Qui n’a jamais rêvé de revenir dans le temps pour changer le cours de sa vie ? Le fait d’avoir fait de Camille une adolescente qui rêve de jouer la comédie lui permet d’ouvrir le film par une réjouissante scène de tournage d’un film gore à petit budget. Elle souligne : J’avais envie que le personnage de Camille soit, ou plutôt essaie, d’être comédienne. Très jeune, elle a eu ce rêve de jouer de grands textes et elle se retrouve à quarante ans passés avec pour seul texte des râles d’agonie. Je voulais qu’on la voie galérer. J’ai eu la chance de ne pas connaître son parcours, je n’ai commencé à jouer que tardivement, à trente ans passés, et sans le chercher. »

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Elle aurait pu aussi jouer sur la fibre si prévisible de la nostalgie, de la quête vouée à l’échec de la jeunesse. Par le truchement de ce sortilège qui plonge Camille un temps dans son passé, elle use d’un registre nettement plus fin. Elle souligne : « En écrivant, en tournant, en jouant Camille, je revenais sans cesse à des questions que je me pose depuis l’enfance : est-ce que le temps nous change au point de devenir quelqu’un d’autre ou est-ce qu’il existe en nous une part d’irréductible ? Est-ce que cette part d’irréductible existe dans l’amitié, dans l’amour ? « Est-ce que c’est la vie qui abîme l’amour ou est-ce que l’amour a forcément une fin ? », demande Camille à Josépha qui joue sa psychanalyste. » Tout est dit sans être surligné dans cette histoire émouvante.

La réussite de cette tranche de vie un brin surréaliste tient beaucoup aux comédiens complices qui entourant Noémie Lvovsky et donnent vie à une galerie de portraits très réussis. En amoureux transi qui abandonne son amour de jeunesse à ses dérives alcooliques, Samir Guesmi crée un personnage lunaire et attendrissant. Quant à Yolande Moreau et Michel Vuillermoz, ils forment un couple idéal qui semble ne pas voir vieillir leur fille unique (un comportement universel ?). Enfin, il y a des personnages secondaires surprenants : Denis Podalydès en prof à l’ancienne ou encore Jean-Pierre Léaud qui campe un horloger absolument invraisemblable. Tout concourt à faire de ce récit léger une histoire beaucoup plus profonde qu’elle ne paraît au début. Un pari risqué mais fort réussi.

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