LE ROAD TRIP DE DEUX REVOLTES

LE GRAND SOIR, de Benoît Delépine et Gustave Kervern – 1h32

Avec  Benoît Poelvoorde, Albert Dupontel, Brigitte Fontaine, Yolande Moreau

Sortie : mercredi 6 juin 2012

Je vote : 3 sur 5

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Quezako ?

Sur l’aire d’une zone commerciale de l’Aquitaine, deux frères se croisent que tout oppose de prime abord.  Le premier (Benoît Poelvoorde) est, comme il se surnomme, « le plus vieux punk à chien d’Europe ». L’autre (Albert Dupontel) est un commercial strict dans son costume qui  tourne mal après un divorce et son récent licenciement. Patron d’un restaurant du centre commercial,  les parents (Brigitte Fontaine et Areski Belkacem) décident de se débarrasser du duo en révélant l’identité de leur vrai père. Ils partent alors  à sa recherche.

Ce qui peut toucher dans ce film ?

Le parfum de révolte qui se dégage du cinquième film d’un duo déjà remarqué par Louise-Michel et surtout Mammuth qui avait offert un beau personnage à Gérard Depardieu, dans la lignée des Valseuses. Dans un livre d’entretien inédit, De Groland au grand soir (Ed. Capricci), les réalisateurs expliquent : « Comme nos héros, Gus et moi, nous nous sommes échappés du monde du travail qu’on n’aimait pas par l’art et l’amitié, par de petites choses qui nous ont progressivement conduits au cinéma. Malgré toute sa joie, « Groland » était encore le monde du travail, de la télévision, de l’écriture pour gagner notre vie. Le cinéma représente le stade d’après. Comme Depardieu, qui, dans Mammuth, se sort du monde du travail en usine par l’art brut. » Cette fois, Delépine et Kervern s’attaquent au petit monde conformiste qui gravite dans les zones commerciales pullulant autour des villes.   Avec un regard iconoclaste, il dresse le portrait d’une vie où les caméras surveillent le moindre faux pas, où la crise structure les modes de vie et où le moindre comportement différent semble une provocation.


Si Albert Dupontel ne surprend pas vraiment dans son personnage de commercial qui bascule de l’autre côté, Benoît Poelvoorde fait un numéro époustouflant en se gardant de sombrer dans la caricature d’un punk. Il y a une vraie poésie dans son personnage lunaire de marginal qui ne se sent à l’aise qu’avec son chien. En revanche, le personnage de la mère déjantée, campée par Brigitte Fontaine qui semble jouer son propre rôle, n’étonne pas vraiment même si certaines séquences -la garde surréaliste du bébé, l’épluchage des patates- sortent de l’ordinaire. De même, si l’idée du concert des Wampas fonctionne bien, sa répétition alourdit un brin l’histoire et ne provoque, in fine, plus la moindre surprise, comme si le duo avait manqué d’idées pour muscler le scénario.

Ce sont les limites d’un opus de contestataire qui a le mérite de secouer un brin l’atmosphère dans laquelle nous pataugeons. Visiblement, le style du duo à ses inconditionnels :  à Cannes, le film a reçu le Prix Spécial du Jury de la section Un Certain Regard.

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