
LES ADIEUX À LA REINE, de Benoit Jacquot – 1h40
Avec Léa Seydoux, Diane Kruger, Virginie Ledoyen, Noémie Lvovsky et Xavier Beauvois
Sortie : mercredi 21 mars 2012
Je vote : 4 sur 5
L’histoire ? Sidonie Laborde, lectrice de Marie-Antoinette, assiste du 14 au 17 juillet 1789 à la fin d’un monde. Avec la chute du Royaume, elle vit aussi la destruction de son univers…
Et alors ? En adaptant fidèlement le roman de Chantal Thomas, Benoit Jacquot retrouve un

thème qui lui est cher : la description d’une société qui se décompose lentement. Il a un indéniable talent pour faire la chronique d’une époque qui se délite et décrit à petites touches la décrépitude des êtres et des lieux. A certains moments, Versailles apparaît ici comme un théâtre d’ombres. Utilisant la caméra à l’épaule, le cinéaste propose une plongée réaliste dans la Cour et ses coulisses où s’agitent tous les sans grades dans une espèce de folle insouciance même si les bruits de la Révolution sont connus.
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Les Adieux à la reine Bande-annonce par toutlecine

Si le récit traîne parfois en longueur, l’intérêt du film tient en la description de cet univers de femmes, dont les hommes semblent absents. La caméra s’attarde alors sur Léa Seydoux dans un de ses meilleurs rôles et qui joue avec Sidonie une jeune femme au double visage : aussi rebelle que soumise à sa Reine. Une sorte de « groupie » avant la lettre d’une star qui ne respecte que son image. Une Reine (Diane Kruger est parfaite) narcissique et un brin perverse qui aime jouer avec les gens comme avec des pions pour satisfaire ses caprices permanents. Une Reine dévorée par sa passion pour la duchesse de Polignac, archétype de l’aristocrate méprisante jouée par Virginie Ledoyen. Benoit Jacquot note : « Ces quatre jours déclenchent en elle une accélération folle des différents états d’esprit qu’on a pu lui prêter au cours de sa vie – le temps de l’innocence, celui de la frivolité, puis un moment de quasi débauche pour finir par un moment de grande noblesse. »
Jouant symboliquement sur le rapport au corps, à la nudité, le cinéaste fait alors craquer les apparences d’un monde de paraître au moment où, sur le théâtre de la vie, les rapports de force changent et vont balayer un ancien monde. Le tout dans un univers où les lumières sont aussi sophistiquées que dramatiques. Ainsi, dans la séquence de fuite en carrosse où, exposant fièrement son regard à la lumière, Sidonie affronte la réalité nouvelle au risque de jouer avec sa propre vie. A cet instant, on se demande où se cache la vraie noblesse du cœur… Un instant où la toute jeune fille devient une femme découvrant le monde. Mot de conclusion de Benoit Jacquot : « J’aime les femmes lorsqu’elles commencent à être des femmes ou lorsqu’elles finissent d’être des jeunes femmes. Ce sont des moments qui m’importent. »
