WELCOME IN VIENNA, d’Axel Corti
avec Johannes Silberschneider, Barbara Petritsch, Armin Mueller-Stahl, Monica Bleibtreu
Actuellement au cinéma
Diffusion à partir du 8 mars 2012 à 21h10 sur Orange Ciné Novo
Je vote : 5 sur 5
L’histoire . Grâce à la télévision, on peut voir cette trilogie absolument remarquable du cinéaste autrichien Axel Corti. Réalisée entre 1982 et 1986, cette trilogie en noir et blanc nous fait vivre le chaos de la Seconde guerre mondiale, du rattachement de l’Autriche eu Reich allemand en 1938 à la victoire sur les nazis en 1945, via l’exil de certains Autrichiens aux Etats-Unis.
Et alors ? Cette trilogie est l’œuvre majeure d’un artiste qui a exploré bien des pistes dans sa longue carrière. Il est mort d’une leucémie en 1993. Pour cette grande fresque, Corti s’inspire largement de la vie de Georg Stefan Troller, son scénariste de la saga qui décrit un aspect peu connu de la Seconde Guerre mondiale. En trois volets, le cinéaste décrit le parcours de différents personnages. Au cœur d’une Autriche qui subit le début du joug nazi, durant leur exil aux Etats-Unis pour tenter de refaire leur vie, et lors de leur retour au pays dans les fourgons des Alliés en décembre 1944.
Au fil de ces destins croisés, on découvre ainsi des pages méconnues de l’histoire comme la présence de camps d’internement sous administration française, ouverts en 1939, et destinés à soumettre Allemands et Autrichiens en sol français à « une surveillance spéciale permanente dans l’intérêt de l’ordre ou de la sécurité publique ». Ce qui est passionnant dans la trilogie, c’est que, si la grande histoire reste en permanence reste toujours en arrière-plan, on suit les parcours de gens « ordinaires » : juifs ou non juifs, résistants, collaborateurs, soldats, gens du peuple… Avec, à chaque fois, une description subtile de la psychologie des personnages, de leurs mentalités. Le tout étant d’ailleurs servi par une distribution du tonnerre.
Enfin, il y a la mise en scène d’un film en noir et blanc au format « carré » qui donne une grande intensité à la moindre séquence. Dans le troisième volet, on est saisi par les plans décrivant une Autriche tentant de sortie de la nuit nazie et qui donne un spectacle lunaire avec des gravats partout, des immeubles ouverts à tous les vents… D’un plan large, Corti sait montrer la solitude des êtres humains dans ce décor de fin du monde, où l’être humain se montre sous un jour pas toujours très ragoutant, les périodes de guerre « autorisant » parfois des comportements monstrueux.
Sans jamais jouer sur le pathos, de grands effets émotifs, Alex Corti montre un autre visage du chaos. Et il le fait avec un talent hors normes…
Voilà vraiment une séance de rattrapage pour ceux qui n’ont pas pu découvrir ce chef d’œuvre sur grand écran.
