QUAND L’ESPAGNE MANGEAIT SON PAIN NOIR

PAIN NOIR

d’Agusti Villaronga

Sortie : mercredi 24 août 2011

Je vote : 4 sur 5

Quezako ? Dans les années qui suivent la guerre civile, Andreu (Francesc Colomer) découvre les cadavres d’un copain et de son père qui se sont écrasés avec leur charrette au pied d’une colline. Ce meurtre vient remuer les secrets enfouis du petit village de Catalogne où il vit. Et, alors que son père est soupçonné de l’homicide, Andreu découvre un monde d’adultes fait de mensonges et de turpitudes.
Pain Noir – Bande-annonce (VOST) – cityvox

Et alors ?  S’il était besoin de s’en convaincre, ce film adapté de trois romans de l’écrivain catalan Emili Teixidor, plusieurs fois primé, est la preuve de la vivacité du cinéma espagnol, notamment catalan (les dialogues sont entièrement en cette langue). Avec une mise en scène dont la beauté des plans ne cessent de saisir comme dans un tableau ancien, Agusti Villaronga creuse les blessures nées de la guerre civile.

Marina Comas et Francesc Colomer, deux révélations

A travers les yeux de l’extraordinaire Francesc Colomer,  il décrit ce monde en décomposition où les messages politiques tiennent lieu de passeport pour une vie meilleure -les séquences d’école sont à cet égard exemplaires- où la dénonciation et la méfiance tiennent lieu de ciment social et où la misère frappe quand on n’a pas fait allégeance au régime franquiste. Le tout sous l’œil bienveillant et paternaliste d’un clergé qui défend les intérêts d’une certaine classe et se sert de la morale comme d’un sauf-conduit pour les pires actes.  Une Espagne où la police n’hésite pas à faire passer un enfant qui vient saluer une dernière fois son père devant les deux sièges où l’on vient de garrotter deux condamnés à mort. Sans parler du traitement infligé aux homosexuels. Un tableau qui fait peur…

D’une rare puissance dramaturgique et d’une grande beauté de mise en scène, Le Pain noir touche de bout en bout. Il a raflé 9 récompenses  aux Goya 2011 en Espagne (l’équivalent de nos Césars). Marine Comas et Francesco Colomer ont fort justement reçu le trophée de la révélation féminine et masculine quand le film recevait celle du Meilleur Film -une première pour une œuvre en catalan- et du Meilleur réalisateur.  C’est le film à voir en cette pré-rentrée. Pour découvrir aussi Sergi Lopez dans la peau d’un maire qui pourchasse les « terribles » communistes avec une froideur qui glace le sang.

Sergi Lopez et Jesus Ramos, le visage de la répression

Laisser un commentaire