LE FRONT POPULAIRE : A NOUS LA VIE !
de Jean-François Delassus
France 2, mardi 5 juillet 2011, 20.35
Mon avis :2 sur 3

Un documentaire, riche d’images inédites, fait revivre ce printemps 1936 où, pour la première fois, la gauche accédait au pouvoir. L’espérance fut grande mais la fête de la courte durée.
A une époque où il est de bon ton de se gausser des acquis sociaux et autres victoires populaires, le documentaire de Jean-François Delassus a l’immense mérite de nous rappeler une leçon d’histoire. Quand, le 3 mai 1936, des élections donnent pour la première fois une vraie victoire à la gauche rassemblée, à une époque où les Français sont plein de doutes face aux hommes politiques, le Front populaire va, le temps d’un été, avec des réformes pour l’époque inimaginable, faire souffler un vent de liberté sur le pays.
Fort justement, Jean-François Delassus revient sur la situation ouvrière d’alors. Aucun salaire minimum garanti n’existe, le chômage n’est pas indemnisé, la protection sociale inexistante, les mesures d’hygiène et de sécurité laissées au bon vouloir des patrons…

Les ouvriers qui forment un tiers de la population active, soit 6 millions, sont considérés comme les outils de production, c’est à dire des machines. Face au PCF, suivent les directives de Moscou et rêvent d’une république française à la soviétique, les radicaux et autres républicains modérés ont peur. Il va falloir des évènements terribles – installation des nazis en Allemagne et du fascisme en Italie qui menacent la France – pour que partis et groupes de gauche s’organisent et créent une alliance. C’est l’alliance triple des communistes, des socialistes et des radicaux qui porte le Front populaire et les fonds baptismaux. Au passage, le PCF a renoncé à la révolution et reconnu le droit de propriété.
Les fameux accords Matignon
C’est ce que raconte avec une foule d’images, parfois inédites et émouvantes,rendues vivantes par la couleur, le documentaire de Delassus. Après la victoire du Front populaire, et la prise du pouvoir par Léon Blum, mais qui doit prendre ses fonctions au bout d’un mois, les travailleurs cessent le travail et occupent les usines de peur de se voir voler de cette victoire inattendue. Tout ça va conduire aux accords Matignon signés par les patrons qui instaurent la semaine de 40 heures, quinze jours de congés payés, une augmentation des salaires, la signature de conventions collectives.

De la fin de l’occupation des usines, on se souvient de la fameuse formule du patron du PCF, Maurice Thorez qui lança : « Il faut savoir terminer une grève ! ». On revoit, non sans émotion, les images d’époque montrant les travailleurs découvrant pour la première fois la mer ou la montage. Le printemps sera de courte durée avec le putsch de Franco contre la République espagnole qui divise le Front populaire et conduit le gouvernement à ne pas intervenir. La fuite des capitaux s’intensifie, le franc dévalué, la hausse des prix bouffe les augmentations de salaires…. Le Front populaire renoue avec les vieux démons de la politique française et quatre cabinets se succèdent en quatre mois. La suite est plus sombre : quand Hitler fond sur l’Autriche, la France est sans gouvernement, les caisses sont pauvres… Le gouvernement radical mené par Daladier doit, malgré le soutien de Thorez, détricoter en partie ce qui a été décidé dans un grand vent d’espoir. C’est la fin d’un moment historique qui fleure bon l’utopie. Enchanté, la parenthèse se referme avant que le vent de la Deuxième Guerre Mondiale ne vienne éteindre les derniers feux de l’espoir.
Echappant à tout manichéisme et à tout angélisme, Jean-François Delassus fait revivre avec talent une période qui offre des points communs avec notre époque. Cette résonance qui permet un réexamen passionnant d’un tournant de notre histoire qui, comme le dit le réalisateur, « imprègne toujours la mémoire du citoyen ». Il faut donc plonger sans tarder dans ce documentaire d’une grande richesse.
Ecoutez un discours de Léon Blum
Un autre montage pour compléter ce documentaire
