Si la plaidoirie finale du procureur (campé avec autorité par Philippe Torreton) remet – un peu – les pendules à l’heure, au moment où en France la confusion idéologique est totale où certains médias cultivent une ambiguïté coupable avec les idées de l’extrême droite et les racines du mal dans notre passé récent, signer un tel biopic est difficilement défendable.
À la manière d’un Rebatet, Luchaire avait une plume de pamphlétaire sans pour autant avoir brillé dans l’histoire intellectuelle de France. Qu’était-il autre qu’un dandy de la Collaboration ? C’est l’éternel débat autour de Céline qui, lui pourtant, a marqué l’histoire littéraire, et qui apparaît bien entendu dans l’histoire avec la séquence étonnante, bien connue des lecteurs de ce xénophobe notoire : celle où il fustige, dans les salons de l’ambassadeur allemand, Hitler qui a été remplacé par « un juif » et est conduit chez lui, en douceur, sur ordre d’Otto Abetz pour lui éviter des désagréments plus violents.
Comme Jean Dujardin joue avec la fougue qu’on lui connaît Luchaire, tout en laissant passer bien des émotions, des doutes, par un « simple » jeu de regard, celui-ci en deviendrait presque sympathique, ce qui est un comble. Quant à sa fille, incarnée avec subtilité par Nastya Golubeva (la révélation du film), et que l’on voit plusieurs fois soumise à des traitements médicaux lourds pour éradiquer la tuberculose, elle paraît presque comme un « ange », frappé par la maladie du siècle. Elle sera pourtant condamnée à dix ans d’indignité nationale en 1946. Quand elle se plaint de la qualité de la nourriture durant l’exil à Sigmaringen, alors même qu’on est en train de découvrir l’horreur des camps et que bien des Français ont des gros soucis de ravitaillement, cela ne peut que créer un malaise. In fine, les Résistants qui l’accablent après la Libération semblent des pures brutes.
Même s’il faut bien se garder de se dire que l’on aurait résisté face à la dictature nazie, ce biopic sur la vie de ce dandy de la Collaboration met mal à l’aise ! Même si le film montre en passant comment, à l’heure où les Luchaire festoient avec leur ami Otto Abetz, d’autres journalistes meurent sous les coups de la Gestapo. Notre époque est trop floue idéologiquement pour qu’un tel biopic si long ne soit pas sinon malsain du moins très complaisant.
