L’intelligence de cette adaptation, c’est d’avoir donné la parole aux deux protagonistes avec une certaine égalité de traitement. Lucas Belvaux soulignait à l’époque de la sortie du film : « J’ai choisi de rééquilibrer les points de vue, afin de regarder les deux personnages à la même distance, de les traiter de la même façon parce que, finalement, malgré leurs différences, je suis aussi proche d’elle que de lui. »
Sans porter de jugement frontal, il montre avec finesse ces fossés qui séparent ces deux êtres qui s’aiment mais se perdent aussi, comme dans la belle séquence symbolique du carnaval d’Arras au milieu des masques dans un décor qui ressemble à un tableau des maîtres flamands. In fine, Clément et Jennifer sont prisonniers, l’un et l’autre, de leur passé, de leur culture. La réussite du film tient beaucoup aux deux acteurs principaux : teinte en blonde pour les besoins du rôle, Émilie Dequenne est, une fois de plus, éblouissante par la justesse de son jeu, sa spontanéité, et Loïc Corbery incarne parfaitement le prof intello dépassé par l’amour qui surgit là où il ne l’attendait pas.
Ce film porte un regard subtil sur les clivages dominant encore dans notre société.
