Un maestro du documentaire

Le style Wiseman est déjà présent dans ce premier film : une caméra qui se place au plus près des témoins; pas de voix off qui alourdit et surligne, pas d’interviews, ni de musique et lumière additionnelle. Il expliquait à l’AFP en 2017 : « Ce qui m’intéresse le plus, c’est d’enregistrer le comportement des humains dans des situations différentes. » Vivant à Paris une partie de l’année depuis le début des années 2 000, Frederick Wiseman a tourné une cinquantaine de documentaires dont certains duraient parfois plusieurs heures et immergeaient de manière très prenante le spectateur dans un monde. Il a promené sa caméra dans bien des univers: le théâtre (La Comédie Française où l’Amour joue), le logement social (Public Housing), les écoles (At Berkeley) ou encore les hôpitaux (Near Death), un grand magasin (The Store).

Tournant en équipe réduite ce cinéma-vérité, Frederick Wiseman a peaufiné une méthode de travail : il assurait la prise de son, parfois avec un assistant, sans préparation préalable, tournait plusieurs semaines et consacrait des mois au montage.

Actif même à un âge avancé, faisant parfois des apparitions comme comédiens (Les Enfants des autres, de Rebecca Zlotowski en 2022) , il était un grand lecteur et amateur de ski, de danse et de théâtre. Influençant des cinéastes aussi divers que Stanley Kubrick pour Full Metal Jacket, Milos Forman pour Vol au-dessus d’un nid de coucou ou Wes Anderson, Frederick Wiseman avait reçu mérité Oscar d’honneur pour son œuvre en 2016.

Son singulier regard sur le réel va désormais manquer au cinéma.

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