La cinéaste a eu l’astuce de ne pas faire un simple travail de documentariste, pour privilégier une approche plus humaniste de ce parcours. Et pour être le plus juste dans son récit, elle a rencontré plusieurs jeunes femmes qui faisaient ce processus de « discernement », qui permet de voir s’il y a une vocation religieuse ou non, sans oublier des membres de leur famille. Ce qui confère une grande vraisemblance aussi bien aux personnages qu’aux dialogues, enrichis par de telles rencontres. En contrepoint, il y a la figure iconoclaste de la tante – Patricia López Arnaiz est d’un naturel étonnant – qui symbolise l’incompréhension d’une personne non croyante devant une telle démarche, mais qui ne parvient pas à démasquer l’imposture idéologique de la famille.
Là où le film ne manque pas d’ambiguïté, c’est dans la séquence finale où Ainara rentre dans les ordres sans qu’il n’y ait vraiment de distance avec cette poussée mystique. Une telle image a une résonance singulière dans une Espagne où la religion catholique a toujours connu un lien étroit avec le politique notamment sous le dictature de Franco et où une partie de l’extrême droite soutient aujourd’hui ce retour de l’imaginaire religieux. Comme si, un tel lien politique « parlait » moins aux nouvelles générations. Certes, le scénario exprime une tolérance, la mise en scène joue la sobriété, mais, dans l’Espagne (et dans la société actuelle), un peu de recul critique n’aurait pas fait de mal, non ?
