Scène de vie

Inventant certains personnages comme Giacomo Rossetti Dubois, Pietro Marcello, le cinéaste raconte ainsi comment l’actrice a souvent projeté son talent sur de jeunes hommes, le cas de D’Annunzio, qui est au début de sa carrière, le montre de manière claire.

Valeria Bruni Tedeschi signe une composition d’une grande richesse de cette diva, qui peut aussi bien être douce, que basculer dans un vrai autoritarisme. Elle montre aussi toutes les fêlures d’une femme qui a révolutionné le théâtre, tout en redoutant la concurrence du cinéma, industrie alors naissante, mais en pleine expansion. Condamné à vraiment s’accomplir sur les planches, elle ne connaît qu’une rivale, Sarah Bernhardt (Noémie Lvovsky est parfaite), et la séquence où la diva française débarque au restaurant où elle se retrouve avec les comédiens de sa troupe est excellente. L’occasion pour Eleonora Duse de mettre à jour son désir d’un théâtre moderne, ce qui va la piéger car son travail avec Giacomino, sorte de parodie de la modernité, la conduit à un échec.

Outre le portrait d’une vie d’artiste, le film est aussi l’occasion de retrouver l’atmosphère d’une époque avec la longue marche vers le pouvoir de Mussolini, qui permet d’évoquer les relations sulfureuses entre l’art et le pouvoir, ou encore la séquence, restituée par des extraits d’un film d’époque, du voyage du Soldat inconnu, moment fort de la mémoire collective italienne car le pays était ressorti très marqué de cette Première Guerre mondiale, suivi de fort tiraillements internes ce qui a inexorablement conduit à la prise du pouvoir du Duce.

Portrait d’une grande artiste, mais aussi réflexion politique sur l’art, les compromissions de la vie d’artiste, ce biopic, très bien joué, permet de redécouvrir un destin vraiment extraordinaire.

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