Ce sont des rencontres dans tous les lieux parisiens, avec des jeunes couples, un marchand de costumes qui répète être « heureux » quand il a « du pognon dans la caisse« … avec pour fil directeur la question de savoir ce qu’ils retiennent de ce mois de mai. C’est encore, signe que les temps n’ont pas beaucoup changé, cet homme qui, voulant évoquer des noms d’hommes politiques, cite d’abord Maurice Thorez, alors patron du Parti communiste, et Jean-Marie Le Pen, ce qui montre déjà que les couches populaires hésitaient entre la gauche plus radicale et l’extrême droite..
Au fil des témoignages, on glisse imperceptiblement vers la fin du conflit en Algérie sans pour autant l’es’ affronter de manière frontale, alors même qu’avec la fin de cette guerre, la France bascule dans une autre ère. Un passant évoque rapidement ces « évènements qu’il est préférable de taire », signifiant une blessure pas vraiment prête de se refermer. Plus loin, il est question encore de la peur des harkis, de précautions à avoir si des bombardements aériens arrivaient… Pour « l’anecdote », » à l’origine, le gouvernement voulait censurer le film, car « il évoquait des problèmes d’ordre politique susceptibles de mettre à mal l’ordre public ».
Porté par la voix d’Yves Montand et la musique originale de Michel Legrand qui avait eu très peu d’informations pour la créer et le fit sans avoir vu le film, ce Joli mai est une radiographie saisissante de Paris et de ses habitants à ce moment-charnière de la vie française. Le doc d’une époque qui frappe toujours par la liberté formelle de ses auteurs.
