L’exercice aurait pu être si intime qu’il semble indécent. En réutilisant des images de ses périples, enrichis de films de famille dont le grain donne un côté nostalgique, en insérant des archives personnelles, Anne Aghion réussit à faire partager ce sentiment qui peut parler à tout un chacun(e) d’une « enfance volatilisée« , en évoquant aussi bien la figure maternelle que son père qui raconte, avec une grande pudeur, dans une séquence très touchante comme il a été abandonné par son guide dans les Pyrénées en pleine guerre et comment, tout en passant trois fois la ligne de démarcation, il a échappé aux patrouilles allemandes.
Entre New-York et Paris, les deux villes de ses parents (son père y a pris des photos magnifiques en noir et blanc), en revisitant des lieux forts de son enfance, de la Bretagne au mont Ventoux, survolé dans la belle séquence finale, Anne Aghion parle aussi d’elle, de l’incident judiciaire qui l’a conduit au tribunal – la « récupération » à une certaine « Dame Lepotier, de bijoux en or « volés aux juifs« , l’ombre de la Shoah planant aussi sur sa vie – et de ces voyages qui ont forgé sa personnalité et lui ont permis aussi de faire son deuil. Ainsi quand elle suit, caméra au poing, au milieu d’une famille une mise en bière en Amérique du sud, alors qu’elle n’avait pas pu voir le corps de sa mère défunte, son père la jugeant trop jeune.
Avec Sometime I Feel Like a Motherland Child, negro spiritual rendu célèbre par l’interprétation de Mahalia Jackson, surgissant au cours du documentaire, Anne Aghion signe une lettre cinématographique aussi pudique que touchante.
