Comme le montre bien l’analyse de l’historien William Blanc dans le bonus, les deux films formant Les Nibelungen peuvent être lus avec, en perspective, les blessures causées par la défaite de 14-18. Siegfried peut par exemple être vu comme le surhomme qui permet de changer le cours de l’histoire et de redonner de l’espoir au peuple et les personnages inquiétants comme le maître des Nains ou les Huns, montré comme des être difformes, ont des physiques qui rappellent les caricatures que l’armée a fait de ceux qui l’ont poignardé de l’intérieur : la gauche, les syndicalistes et, « bien sûr », les juifs. C’est ce qui explique pourquoi le régime nazi célébrera l’opus et le récupérera alors même que Fritz Lang a immigré aux États-Unis après la prise du pouvoir de Hitler dont les sbires tentaient de le courtiser. Il est vrai, sa scénariste, Thea von Harbou, soutiendra, elle, les idées du parti.
Pour autant, si une Léni Riefenstahl, cinéaste choyée par les nazis, a sans doute été marquée par la mise en scène de Lang, notamment dans la prise de vue des soldats et autres hommes armés, dans la vision des corps musclé, Les Nibelungen ne doivent pas être réduit à cette fascination nazie et cette restauration minutieuse permet de voir à quel point Fritz Lang fit ici œuvre novatrice avec une mise en scène qui a marqué à jamais le cinéma fantastique. À cet égard, cette version la plus complète du diptyque apporte bien des informations sur la construction du film à travers des nombreux bonus (en Blu-ray notamment) bourrés d’informations, comme Malheur au peuple qui a besoin de héros, à propos des « Nibelungen », signé Bernard Eisenschitz, historien et spécialiste de Fritz Lang.
