Une mère qui se venge

À un moment on en vient à se demander si Eva n’est pas, en fait, elle-même prisonnière de ces murs de béton, de cette « vengeance » dont on ne connaît pas le motif jusqu’au terme du drame. De fait, on ne la voit jamais chez elle, dans son quotidien, mais toujours habillée en gardienne. Et, paradoxalement, dans cet univers de mâle dominant – la séquence de la salle de sport la symbolise ouvertement – elle est peut-être celle qui incarne le plus la violence. Face à elle, Sebastian Bull Sarning incarne à merveille ce type au look d’adolescent mais qui peut tuer et qui est dangereux, capable de passer de la soumission à des réactions d’une brutalité inattendue.

Essentiellement tourné en décors naturels à Vridsløselille, une prison des environs de Copenhague désaffectée depuis 2018, dont les couloirs ont parfois des allures de labyrinthe (le cinéaste a aussi utilité les tunnels d’un hôpital et une usine désaffectée), ce drame baigne de bout en bout dans une lumière laiteuse, qui donne aux visages un aspect malade. Comme si la prison était une antichambre de la mort, sociale ou bien réelle.

Un film fort et extrêmement bien joué et dont la violence est d’autant plus insupportable qu’elle n’est jamais gratuite, tape-à-l’œil, mais nécessaire dans l’économie du récit.

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