Le biopic de Frédéric Tellier rend compte avec fougue de ce parcours incroyable et de la personnalité hors du commun de l’Abbé Pierre même si le film aurait pu s’épargner quelques scènes oniriques sur fond de mysticisme qui rompe avec le réalisme de l’ensemble et semble un peu plaqué sur l’ensemble.
Pour autant le film décrit finement le parcours spirituel, social et politique de l’Abbé, décédé en 2007. Un personnage campé avec panache par Benjamin Lavernhe qui signe ici une composition forte en incarnant, « aidé » par un solide maquillage, toutes les étapes de la vie de l’Abbé Pierre. Il forme avec Emmanuelle Bercot, absolument magnifique dans le personnage de Lucie Coutaz, la religieuse qui l’accompagne durant tous ses combats, un duo de choc, notamment dans l’épisode célèbre, et longuement évoqué ici, du fameux hiver 54. Quant à Michel Vuillermoz, il est très crédible dans le rôle d’un homme qui, alors qu’il a commis l’irréparable, connaît, au côté de l’Abbé, un chemin vers la rédemption.
Le classicisme de la mise en scène n’empêche pas Frédéric Tellier de réussir des moments forts comme celui de l’enterrement de l’enfant, avec cette photographie lugubre à souhait. Et globalement, le film restitue avec force l’urgence des combats de l’Abbé Pierre et la violence d’un monde souvent marquée du sceau de l’indifférence. Un beau travail de mémoire sur la force de son engagement. Cela aurait mérité un peu plus d’audace et d’inattendu dans la mise en scène.
