Une artiste dans la tourmente

Au cœur du béton et du bitume, Léa Rinaldi filme une parenthèse de poésie et de gaieté, montrant des adolescents qui retrouvent, au Repaire des contraires, un lieu de vie où, s’il est question d’art, de jeux de scène, il est aussi question de rapport à la nature, aux jardins… Et l’on ne peut qu’être sous le charme de Neusa Thomasi qui sait mettre en pratique ses convictions, dispense autour d’elle une folle énergie et permet à la cinéaste de faire déambuler de manière métaphorique de drôles d’indiens dans cette ville de banlieue. De belles séquences de ce documentaire au demeurant.

Malgré sa réussite, il y a le tournant de novembre 2019 quand le chapiteau est détruit par un incident lors des émeutes qui ont secoué la ville sans qu’on sache si c’est un acte d’opposition à la municipalité ou un geste de vandalisme gratuit. Malgré son désespoir, on voit comment Neusa Thomasi ne baisse pas sa garde, continue de se battre pour déblayer les décombres, en faisant appel aux jeunes de Chanteloup-les-Vignes, un acte capital à ses yeux, tout en recevant certains politiques venus constater les dégâts, notamment le ministre de l’Intérieur de l’époque, Christophe Castaner qui semble un brin absent quand elle explique l’enjeu de son combat. Des efforts payants car un nouveau chapiteau a été érigé, redonnant le sourire aux riverains et aux ados.

Filmant sur trois années cette artiste du cirque qui se bat à la manière d’une Violetta Parra qui avait créé un cadre pour partager ses spectacles musicaux au Chili, Léa Rinaldi offre un tout autre visage de Chanteloup-les-Vignes que celui de La Haine, tourné dans cette ville par Mathieu Kassovitz en 1990. Même si rien n’est édulcoré de la dureté du quotidien, les combats de Neusa Thomasi visent à une vraie intégration et la création d’un solide tissus social. Une femme qui se définit, dans ce lieu, comme « la mère et la grand-mère de tout le monde ! »

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