Avec une finesse infinie, le film évite tous les pièges du genre, n’accumule pas les situations, ne joue pas sur le glauque pour montrer la détresse profonde de Saïd – Youssouf Abi-Ayad joue de manière très juste avec une grande économie de jeu- piégé par les traditions d’une famille aussi aimante que pesante. À cet égard, la scène du mariage tient toutes ses promesses et en dit plus long qu’un long discours sur la tolérance. De son côté, Hadjira (Kenza Fortas la joue subtilement aussi) est une jeune femme d’aujourd’hui, mais qui est emprisonnée aussi dans une case sociale et que sa mère tente de remettre « dans le droit chemin ». Une mère, fort bien campée par Lubna Azabal, qui a dû mener une vie libre dans sa jeunesse, à l’image de sa fille et tente de récupérer une forme de reconnaissance sociale par cette union qui lui semble de la dernière chance.
Misant sur une mise en scène épurée, s’ouvrant par la séquence du mariage qui « pose » la situation d’emblée, Nadir Moknèche signe une histoire simple, mais qui en dit beaucoup sur le carcan des traditions comme le montre la scène très juste où Saïd annonce à ses parents, en pleine partie de backgammon, qu’il est gay et où l’on voit bien qu’ils s’en doutaient, mais tenaient à préserver les apparences.
Sous une forme souvent légère, L’air de la mer rend libre est un opus qui ne manque ni de rythme, ni de profondeur et « montre » sans signer un pamphlet. C’est diablement efficace.
