Avec la présence si proche d’un incendie dévastateur, Alexander Abaturov montre bien comment, pour ces régions si éloignées, le pouvoir soviétique a décidé de ne pas intervenir et laisser les brasiers « mourir » d’eux-mêmes, ce qui contraint les habitants à trouver des solutions à leur portée pour protéger leurs villages en faisant preuve d’une grande solidarité. Le cinéaste souligne : « Le feu est aussi un personnage du film. Je voulais éviter de me montrer trop explicite dans ma représentation d’un feu de forêt. Je ne souhaitais pas verser dans le sensationnalisme en recourant trop souvent aux images dramatiques d’un incendie géant – bien qu’elles ne soient pas complètement absentes du film. Ce qui m’aiguillonnait, c’était de créer la présence du feu, le sentiment d’une menace grondant derrière la fumée, toujours plus proche. Quand on sait qu’il est là, qu’on le sent, mais qu’on ne perçoit pas encore l’immensité des flammes dans leur totalité. »
Si l’on aurait aimé parfois plus de précisions dans l’économie du récit, Paradis montre bien comment, aux confins du monde habité, la planète souffre déjà des actions humaines, comment il faut de la patience de ces habitants de la Sibérie pour lutter contre cet ennemi si insaisissable. Et c’est d’autant plus important que dans la région de Yakoutie, la population entretient un lien très fort avec la nature.
