Dans l’ombre de Patrice Chéreau

Le reflet d’une époque aussi. À travers le parcours de ces jeunes émules de Chéreau se dessine aussi le portrait d’une décennie. À travers les craintes et les réactions des élèves, on se souvient comment l’époque fut frappée par les ravages du sida qui mit un coup d’arrêt à la révolution des mœurs. Commentaires de Valeria Bruni Tedeschi : « C’était vraiment Eros et Thanatos. C’est ce qu’on ressentait en écrivant le scénario. On avait envie de montrer la vitalité de la jeunesse et en même temps de toucher à la tragédie. Dans le film, il y a tout le temps ces deux forces contraires de vie et de mort. » Et comme les histoires d’amour sont mêlées à l’histoire de la troupe, cela densifie l’histoire et l’ancre dans ces années charnières. Une époque aussi marquée par la dope – on voit comment Chéreau use de la coke- avec le décès d’Étienne, l’élève le plus « torturé » de la bande.

Louis Garrel, magistral. Il fallait oser incarner un personnage aussi charismatique, qu’exigeant et parfois tyrannique. S’inspirant de ses notes, de ses lettres et interviews notamment, la réalisatrice restitue le personnage « au mot près » et montre bien comment il est passé de la théorie à la pratique avec un sens confondant de l’adaptation à un milieu et à ses contingences. La cinéaste commente : « Je me suis dit qu’il aurait détesté être évoqué sans défauts. Il n’aimait pas les personnages lisses, il aimait les personnages qui avaient des zones d’ombre. Il aimait passionnément les êtres humains et il aurait détesté être représenté comme une idole. L’irrespect était fondamental dans ses films et dans ses mises en scène. Par respect pour lui il fallait que je ne le respecte pas. » Louis Garrel signe une composition d’une rare force de l’artiste, parvenant d’un simple regard à faire ressentir le magnétisme de ce meneur de troupe. En prime, le casting des « jeunes » acteurs est une réussite de bout en bout. Suivi par une caméra qui semble danser autour d’eux, tous les comédiens incarnent parfaitement la jeune génération, Nadia Tereszkiewicz en tête (on l’avait repérée en amoureuse de Valeria Brunit Tedeschi dans Seules les bêtes, de Dominik Moll).

Un très beau film, au scénario très dense, qui est en équilibre entre tragédie et comédie et témoigne à merveille de l’atmosphère créatrice d’une époque.

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