Filmé en noir et blanc à la façon d’un documentaire (le film jouant sur une parodie de la célèbre émission Strip-Tease), avec des interventions de Ben face caméra ce qui permet de coller encore plus à son personnage inquiétant en diable, ce drame ose tout ou presque. Tournant partiellement en famille – même si les membres du clan savaient peu du film quand ils ont accepté d’en être – Poelvoorde occupe déjà l’espace de son jeu extraverti et provocateur, se met à poil sur une plage, dézingue toute personne qui lui déplait. La démesure lui va, ici, déjà comme un gant !
Le tout est ponctué de moment décalés et poétiques. Ainsi quand Ben improvise en pleine fusillade un poème sur les pigeons (« Pigeon, oiseau à la grise robe / Dans l’enfer des villes / À mon regard tu te dérobes / Tu es vraiment le plus agile ») ou qu’il ose parodier Le Plat Pays, de Jacques Brel ,en plein restaurant. Plus sérieusement, et c’est l’occasion de glisser une belle critique sur l’urbanisation des pourtours des grandes villes, Ben évoque dans une séquence dédiée à Franck Lloyd Wright, à propos des logements sociaux, et dont il raille le raté esthétique le plus complet.
Trente ans après sa sortie, cet OVNI venu de Belgique conserve toute sa férocité libertaire et Poelvoorde joue – ce n’était pas sa vocation- avec un naturel confondant. Pour la petite histoire, l’équipe a fait croire à sa mère qu’elle tournait un vrai documentaire sur son fils. Un exercice surréaliste et décapant.
