Pour le cinéaste, l’histoire renvoyait aussi à des souvenirs intimes : deux disparitions lui ont inspiré le début du scénario. D’abord celle de son père dont les vêtements ont été portés par les compagnons successifs de sa mère. Il raconte : « Je n’ai jamais su si c’était pour elle une sorte de fantasme morbide ou bien si les vêtements étaient simplement là, disponibles pour être utilisés comme n’importe quel objet. Je voyais ces inconnus comme des copies ou comme différentes versions de la vie de mon père. Des pères potentiels.” Il y a eu ensuite le décès de Miguel Lell, acteur de ses premiers courts métrages, qui s’est tué à 21 ans dans un accident de voiture alors qu’il devait jouer dans Germania, son premier long métrage. Or, à la demande de ses parents, le réalisateur a tourné ledit film dans le ferme où il habitait. « Pour sa famille et ses amis, dit-il, le film que nous tournions comblait le vide laissé par Miguel. Un acteur qui lui ressemblait beaucoup portait ses vêtements.«
Finalement, jouant sur plusieurs tableaux, et glissant parfois vers l’onirique, voire le fantastique, ce drame décrit avec tact les blessures psychologiques des différents protagonistes. Sans grands effets techniques, Abel devient le double de Jesùs qui, le temps d’une course, est porté par un autre jusqu’à l’incident qui le fait redescendre sur terre…
En prime, Maximiliano Schonfeld utilise avec bonheur le décor de cette région des Allemands de la Volga dans ces hameaux dédiés à l’agriculture et à l’élevage et qui conserve un mode de vie endogamique. Un monde dans lequel l’accaparement des richesses par les producteurs les plus puissants laissent livrés à eux-mêmes bien des petites paysans au bord de la ruine. Mêlant professionnels et amateurs, ce film est d’une grande subtilité et la photographie signée Federic Lastra se joue à merveille des lumières naturelles.
