Dans cette deuxième partie du film, l’histoire devient un cri de rage contre un état que Y. décrit comme « nationaliste et raciste qui abrutit ses citoyens en les maintenant dans l’ignorance et ou chaque génération engendre une génération pire encore. » La charge est d’une violence extrême -et ce d’autant plus que Avshalom Pollak – danseur, chorégraphe, il décroche ici son premier grand rôle – joue avec une force de conviction impressionnante. Et le propos est d’autant plus fort que c’est une critique venant de « l’intérieur » du pays. Commentaires du cinéaste : « J’ai voulu me donner entièrement aux sentiments radicaux suscités par mon pays à travers les mots. […] La série d’injures est prononcée par un visage marqué par la vulnérabilité, par une bouche en forme de mitrailleuse, dans un rythme qui forcément transforme le discours en un cri strident, la parole en un balbutiement et la victoire rhétorique en un écroulement ».
Face à Avshalom Pollak, Nur Fibak parvient à montrer comment, derrière une façade de respectabilité de fonctionnaire aux ordres, son personnage laisse poindre aussi ses doutes. Pour autant, elle ne peut le faire ouvertement et les réactions violentes de son invité lui font peur.
Outre la puissance politique du film, on est aussi frappé par une mise en scène coup de poing – la séquence d’ouverture en moto sous la pluie est magnifique – avec une utilisation du mobile qui n’a rien d’un gadget et qui joue habilement du contraste entre les décors aseptisés de la salle de projection et le cadre désertique aux alentours. Par sa mise en scène Lapid traduit le bouleversement intérieur du metteur en scène qui décide de s’exprimer, malgré les risques de devenir un pestiféré en Israël.
Ayant reçu le Prix du jury au dernier Festival de Cannes, ce Genou d’Ahed est un opus très fort,tourné en un temps record (18 jours), mais qui est tout sauf tiède, tant la rage du cinéaste face à l’état actuel d’Israël s’exprime en toute liberté.
