Figure de la dynastie Espinasse, un clan de comédien dont l’origine remonterait à 1820, Claude Brasseur a tiré sa révérence, à l’âge de 84 ans après avoir signé une sacrée carrière.
Pour Claude Brasseur, « tuer » le père ne fut pas œuvre facile, tant ce paternel, Pierre, fut un monstre sacré du cinéma et du théâtre, un personnage hors normes à la manière d’un Michel Simon. Un cabotin qui échappait à toute catégorie, excessif à la ville comme sur scène. Issu de son union avec la comédienne Odette Joyeux, Claude avait entretenu avec ses géniteurs des relations parfois conflictuelles. Évoquant sa jeunesse, il avait même déclaré : « Je n’ai aucun souvenir de ma vie avec eux et je dois dire que je m’en fous ».
Le jeune Claude avait d’ailleurs hésité à embrasser la carrière car, fan de sports, il se serait bien vujournaliste. Parti interviewer un autre monstre sacré du théâtre, Elvire Popesco, elle lui avait lancé dans sa loge d’un ton qui ne supportait pas la contradiction : « Un Brrrasseur ne peut pas être journaliste. Un Brrrasseur est acteurrr! » Il avait suivi l’injonction, fit ses premiers pas sur scène dans Judas, de Marcel Pagnol. On connaît la suite : Claude Brasseur a tourné dans une centaine de films, marqué la télévision de rôles comme celui de François Vidocq dans la célèbre série qui dura deux saisons de 1971 à 1973, sans parler du théâtre avec des succès comme Tartuffe ou l’imposteur. Le tout en soixante ans de carrière.
L’artiste avait la capacité de passer des films d’auteurs aux comédies les plus populaires, que ce soit Camping; Un éléphant, ça trompe énormément, où il campait un personnage homosexuel en 1976; La Boum; La Guerre des polices ou encore Fauteuils d’orchestre. Il a gagné deux césars : celui du meilleur acteur dans un second rôle pour Un éléphant ça trompe énormément et le César du meilleur acteur pour La Guerre des polices. « C’était un homme d’une grande délicatesse, d’une grande élégance » a dit de lui Brigitte Fossey.
Claude Brasseur, César 1980 du Meilleur Acteur
Ne se prenant pas au sérieux mais bossant avec sérieux, il avait dit lors d’une interview : « Jouer n’est pas du travail. Quand je joue, j’ai l’impression de retourner dans la cour de récréation où, avec mes copains, on s’amusait aux gendarmes et aux voleurs, aux cowboys et aux indiens. Par la suite, j’ai été empereur, chef de la police, dentiste… Je prie pour ne jamais me rendre au théâtre ou sur un plateau avec des semelles de plomb »
Il ne faut pas non plus oublier que Claude Brasseur n’a jamais renoncé à sa passion du sport. Il fut sélectionné en 1964 pour les jeux Olympiques d’hiver dans l’équipe de Franc de bobsleigh mais, après un grave accident durant un entraînement, son équipe ne put y participer. Passionné de course automobile, il avait remporté en 1983 avec son copilote, le champion Jacky Ickx, le Paris-Dakar.
Filleul de l’écrivain Ernest Hemingway, Claude Brasseur savait que la dynastie ne s’arrêtait pas à lui : son fils Alexandre a repris le flambeau et son visage est désormais familier des téléspectateurs et des amateurs du théâtre. Claude sera inhumé à Paris, au cimetière du Père Lachaise, aux côtés de son père Pierre Brasseur. Dans son autobiographie, Merci !, publié en 2014, offrait un sous-titre qui en disait long : « Brasseur Père et Fils, Maison fondée en 1820 ». Ellle n’est donc pas prêt de fermer boutique…
