LE TUEUR DE LA PRAIRIE…

LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L’ŒUF, de Quanan Wang – 1h40

Avec  Dulamjav Enkhtaivan, Aorigeletu, B.Norovssambuu

Sortie : mercredi 19 août 2020

Mon avis : 4 sur 5

 

Le pitch ?

Le corps d’une femme est retrouvé au milieu de la steppe mongole. Un policier novice est désigné pour monter la garde sur les lieux du crime. Dans cette région sauvage, une jeune bergère, malicieuse et indépendante, vient l’aider à se protéger du froid et des loups. Le lendemain matin, l’enquête suit son cours, la bergère retourne à sa vie libre mais quelque chose aura changé.

Ce qui touche dans le film ?

Il faudrait être insensible à la beauté des grands espaces pour ne pas apprécier les paysages magnifiques et désertiques de la steppe mongol dans laquelle Quanan Wang situe l’action de ce polar lent où les dialogues sont réduits au strict nécessaire. Le cinéaste commente : « Mon équipe de production est arrivée en Mongolie le 8 janvier 2018. Nous avons tout préparé pendant un mois, puis nous avons tourné en vingt jours, en surmontant d’innombrables difficultés. Lorsque j’étais dans la salle de montage à Pékin, j’ai enfin pu voir mon film terminé. J’ai compris que c’était un film sur la vie, la mort et l’amour. Pendant la période que j’ai passée en Mongolie, j’ai véritablement ressenti leur concept du temps. La vie, la mort, l’amour n’étaient pas comme ce que j’avais perçu jusqu’à présent. Tout avait une signification différente. »

De fait, cette  histoire classique de meurtre et de recherche du coupable prend une tout autre résonance dans ce cadre grandiose, très éloigné de Pékin et permet à Quanan Wang de jouer habilement avec les risques de la censure qu’il a pu connaître par le passé. Au passage, il a demandé à un chef opérateur français, Aymerick Pilarski, de s’occuper de la photographie de ce film qui est absolument magnifique notamment dans les scènes nocturnes dans lesquelles la beauté des paysages vous étreint. Et donne à la mise en scène un côté romantique en diable.

Et puis, il y a le personnage étonnant -et central- de cette bergère, Dulamjav Enkhtaivan, qui vient soutenir le jeune flic qui doit veiller auprès du cadavre durant ces nuits glaciales. Une jeune femme qui n’est pas une actrice et que le réalisateur a déniché après un long casting. Il raconte : « Un jour, deux semaines avant le tournage, j’étais sur la route qui conduit à Oulan- Bator, où j’allais chercher Aymeric, quand j’ai reçu des photos de cette femme : j’ai su d’emblée qu’elle était celle que je cherchais. Et quand j’ai appris que Dulamjav était célibataire et qu’elle avait déjà quatre enfants de quatre pères différents, j’ai compris qu’elle avait assez de personnalité pour n’avoir peur de rien, surtout pas de faire l’actrice. Cette femme a une confiance en elle exceptionnelle, et elle attend toujours l’amour. »

Plus par l’ironie et l’humour de certaines séquences que par un discours démonstratif, Quanan Wang signe une étrange une comédie policière qui montre bien les lourdeurs administratives et le poids de la police. Et sa réalisation ne manque pas de souffle et de charme.

 

 

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