
PATRIMOINE
Remake du film de Raoul Walsh, tiré d’une pièce de théâtre, What Price Glory est un film moins connu de John Ford. Sorti en 1952, ce film à mi-chemin entre le film de guerre et la comédie de mœurs a un charme certain. Et permet de découvrir une autre facette de James Cagney, longtemps voué aux rôles de mauvais garçons.
Sorti la même année que L’Homme tranquille, What Price Glory est un film injustement oublié de la filmographie d’un John Ford. Il est vrai, le titre en français Deux durs à cuire n’augure rien de transcendant et pourtant il se dégage une vraie atmosphère de ce récit qui unit le film de guerre à une rivalité amoureuse. L’histoire justement ? Nous sommes en 1918 dans le nord de la France. Le capitaine Flagg dirige une compagnie de Marines dont la réputation de batailleur, de fêtards et de solides buveurs n’est plus à faire. Quand il reçoit en renfort le sergent Quirt, un vieil ennemi suite à des rivalités amoureuses, leur rivalité reprend de plus belle, surtout quand la jeune Charmange, la fille du patron de leur auberge est là pour pimenter le jeu…
Dans What Price Glory, on découvre des éléments fondateurs de l’univers de Ford : le salut à l’armée pour laquelle ce réalisateur plutôt à droite – ce qui ne l’empêcha pas, par sens de la justice, de s’élever contre la chasse aux sorcières à Hollywood- éprouve une vraie fascination. Comme personne, il sait capter la fraternité virile des troupes, aussi unies pour une castagne fraternelle après une bonne beuverie que lorsqu’il s’agit de monter au front. C’est d’ailleurs la guerre des tranchées et une périlleuse mission qui fait taire l’animosité entre Flagg et Quirt (Dan Dailey).
What Price Glory (John Ford, 1952)
Le duo ne cesse tout au long de l’histoire de se disputer l’amour de Charmange, campée avec un charme certain par Corinne Calvet qui a des airs de Maureen O’Hara, familière de l’univers de Ford. Ce qui donne aussi des scènes hautes en couleurs comme le mariage surprise et force de Quirt, devant un Flagg goguenard, même si, in fine, la guerre va bouleverser la cérémonie. D’autres séquences ne sont
pas non plus dénuées d’humour. Ainsi dans la scène où, facétieux, Ford passe, dans un rapide panoramique, de l’entraînement des marines, menés par un sergent Quirt autoritaire et grande gueule, à celui des jeunes élèves de l’école tenue par des… bonnes sœurs.
Et puis, un Ford sans bonne bagarres n’est pas un Ford et, ici, la vieille rivalité entre les deux soldats donnent lieu à quelques belles empoignades. Jouant sur l’art du music-hall des deux comédiens – James Cagney en particulier – cela permet la séquence réussie de boxe où les adversaires tracent une croix à la craie sur le plancher pour délimiter le terrain et font un ballet tout à fait saisissant jusqu’à l’uppercut décisif
Le film révèle un visage plus humain, inattendu du grand James Cagney. Ce n’était pourtant pas le premier choix du cinéaste qui aurait bien voulu, comme il venait de le faire au théâtre, faire tourner son fidèle ami John Wayne. Mais la production avait d’autres vues et Cagney se révèla parfait dans le personnage du capitaine au grand cœur.
Bref, un film à redécouvrir dans la galaxie Ford.
