WILLEM DAFOE, RETOUR À ROME

TOMMASO, de Abel Ferrara – 1h55

Avec Willem Dafoe, Christina Chiriac, Anna Ferrara

Sortie : mercredi 8 janvier 2020

Mon avis : 3 sur 5

Le pitch ?

Tommaso est un artiste américain vivant à Rome avec sa jeune épouse européenne Nikki et leur fille Dee Dee âgée de 3 ans. Ancien junkie, il mène désormais une vie rangée, rythmée par l’écriture de scénario, les séances de méditation, l’apprentissage de l’italien et son cours de théâtre. Mais Tommaso est rattrapé par sa jalousie maladive. À tel point que réalité et imagination viennent à se confondre.

Et alors ?

Incontestablement, on ne peut s’empêcher en découvrant ce film que Willem Dafoe incarne un double parfait de Abel Ferrara, même si le cinéaste se défend d’avoir fait œuvre autobiographique. Et ce, d’autant plus que le cinéaste a fait jouer sa femme et sa fille dans le film. Il souligne : « Tommaso, ce n’est pas moi. Peu importe l’amitié que je porte à Willem, ou le fait que nous vivons dans le même quartier. Nous partons de la vie vie telle qu’elle est, de ce qui nous est familier pour mieux nous en éloigner et ne pas avoir à tout inventer. Cet ancrage dans la réalité nous donne l’opportunité d’explorer différentes possibilités, de laisser libre cours à notre imagination. Là où j’en suis, le documentaire et la fiction se mélangent de manière indiscernable. »

Comme Dafoe et Ferrara ne sont pas à leur premier film ensemble – ils en ont fait cinq en tout- , et qu’on sent entre eux une complicité immédiate renforcée par le fait qu’ils tournent dans le quartier de Rome qui n’a rien a priori de touristique où ils habitaient durant le tournage, les résonances entre vie privée et fiction sont bien là.En prime, il s’est entouré d’une galerie de personnages – alcooliques anonymes, étudiants, serveuse – dont la plupart sont ce qu’ils sont dans la vie, tout en étant des acteurs. Ce qui donne un côté très naturaliste à l’histoire, très vraisemblable.

Le passé de junkie de Tommaso permet d’imaginer bien des séquences oniriques, surréalistes comme l’étonnante scène pasolinienne de la crucifixion, un clin d’œil revendiqué à La Dernière Tentation du Christ, de Martin Scorsese. Dans la peau de cet innocent, épris de douceur mais dont la jalousie peut le conduire à des réactions et des paroles violentes, même si lui-même ne s’interdit pas quelques incartades conjugales – elles le sont peut-être en rêve-  Willem Dafoe est tout à fait étonnant de puissance. Qu’il joue l’exubérance, ou la plongée dans la méditation intérieure, il le fait avec tout son corps. Et cette force apparaît clairement dans les séquences où il officie dans le cours de théâtre.

Malgré la puissance de sa présence, Abel Ferrara ne parvient pas pour autant à éviter quelques redites, quelques lenteurs dans cette histoire où plane l’ombre d’un Pasolini, voire d’un Fellini, notamment dans la manière de filmer le Rome du quotidien.

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