SIBYL, de Justine Triet – 1h40
Avec Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Ulliel, Sandra Hüller, Laure Calamy
Sortie : mercredi 24 mai 2019
Mon avis : 4 sur 5
Le pitch ?
Romancière reconvertie en psychanalyste et rattrapée par le désir d’écrire, Sibyl décide de quitter la plupart de ses patients. Alors qu’elle cherche l’inspiration, Margot, une jeune actrice en détresse, la supplie de la recevoir. En plein tournage, elle est enceinte de l’acteur principal… qui est en couple avec la réalisatrice du film. Tandis qu’elle lui expose son dilemme passionnel, Sibyl, fascinée, l’enregistre secrètement. La parole de sa patiente nourrit son roman et la replonge dans le tourbillon de son passé. Quand Margot implore Sibyl de la rejoindre à Stromboli pour la fin du tournage, tout s’accélère à une allure vertigineuse…
Ce qui touche dans le film ?
Une plongée en abyme dans les névroses créatrices. En dressant le portrait d’une femme qui est tiraillée entre sa vie professionnelle, sa vie de famille et ses angoisses, Justine Triet(La Bataille de Solférino et Victoria) évoque avec une grande habileté
plusieurs thèmes forts : les relations amoureuses, la maternité, la sexualité, les angoisses du créateur, les dépendances à l’alcool… La réalisatrice raconte : « Il m’importait que Margot soit issue d’un milieu modeste, qu’elle déteste, d’où elle vient et essaye de lutter contre. Elle surgit avec un dilemme qui renvoie Sibyl à son passé. D’une certaine manière, c’est Sibyl en miroir inversé. Sibyl aussi a essayé de se construire contre ses origines, sa mère, l’alcool, et c’est par l’écriture qu’elle a voulu fuit ça, se réinventer. Quand elle se remet à écrire en rencontrant Margot, Sibyl ouvre une brèche qui est à la fois un départ dans le délire fonctionnel, mais aussi un vertige sur elle-même, son identité. Elle se retrouve en pleine crise. »
Un casting du tonnerre. Bien sûr, il y a Virginie Efira qui ne s’est jamais autant exposée dans un film et qui parvient à faire ressentir toutes les blessures de Sibyl et ses sentiments, quitte pour elle à violer les règles déontologiques de son métier. Et elle est magnifiquement entourée : Adèle Exarchopoulos exprime tout le désarroi de cette jeune actrice qui ne se sent pas à sa place quand Gaspard Ulliel montre toute la veulerie masculine. Quant à Laure Calamy, toujours excellente, elle joue cette sœur
indigne qui adore manipuler sa sœur, même quand il s’agit de jouer avec les sentiments de sa petite nièce. Enfin, il y a l’excellente Sandra Hüller (qui est aussi réalisatrice) et qui joue la metteur en scène contrainte de tourner en pleine crise personnelle.
Une mise en scène qui a du chien. Pas facile de transcrire ce registre d’émotions extrêmes. Avec une caméra très mobile, des changements de cadrage et un sens du rythme, Justine Triet réussit ce défi. Certes, elle a un peu de mal à terminer son histoire, certes il y a peut-être beaucoup de scènes de sexe, mais cette plongée dans les méandres des névroses humaines et des tensions amoureuses est tout à fait réussie. C’est aussi une réflexion sur le monde dingue du cinéma comme le confirme la réalisatrice : « Le cinéma est une micro-société où la vie s’accélère, s’intensifie, où tout devient exacerbé… Le moindre petit problème devient une tragédie, les rapports hiérarchiques sont violents, et complètement grotesques. »
Le film est présenté le jour de sa sortie en compétition au Festival de Cannes.
