120 BATTEMENTS PAR MINUTE, de Robin Campillo – 2h22
Avec Nahuel Pérez-Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel, Antoine Reinartz
Je vote : 4 sur 5
Sortie : mercredi 23 août 2017
Le pitch ?
Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris
multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale.
Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.
Ce qui touche dans le film ?
Tout le monde se souvient du standing ovation qui, au dernier Festival de Cannes, a accompagné l’annonce du Grand Prix décerné au film alors même que bien des festivaliers pensaient qu’il méritait la Palme d’or. Incontestablement, 120 battements par minute a marqué les
esprits, tant Robin Campillo a retracé, à travers un film militant et fier de l’être, les combats acharnés d’Act Up contre le sida depuis 1989. Récit du cinéaste : « J’ai rejoint Act Up en avril 1992. C’est à dire dix ans après le début de l’épidémie. En tant que gay, j’avais vécu les années 80 assez difficilement dans la peur de la maladie. Au début des années 90, je tombe sur une interview télévisée de Didier Lestrade, l’un des fondateurs de l’association. Il y parle de « communauté sida » composée, selon lui, des malades, de leurs proches et du personnel médical qui affrontent cette épidémie dans une forme d’indifférence de la société. Ce discours rompait un silence qui avait duré presque dix ans. C’est à ce moment-là que je décide de rentrer à Act Up. Dès ma première réunion, j’ai été stupéfait par l’espèce de jubilation du groupe, alors que nous vivions les années les plus dures de l’épidémie. La parole était libérée. Les gays qui pendant les années 80 avaient subi l’épidémie, devenaient, collectivement et publiquement, les acteurs de la lutte. »
Porté par des comédiens parfaits – on ne saurait passer sous silence la performance remarquable de naturel de Nahuel Pérez-Biscayart qui campe Sean, figure charismatique d’Act Up-Paris au début des années 90 – cette fiction marquée de l’empreinte de la réalité fait revivre de manière forte la vie de ces militants engagés pour briser les mur du silence et celui des conventions. En mariant avec habileté les scènes (fortes) de réunions du groupe, les actions militantes, Robin Campillo refait vivre avec
beaucoup d’émotions ces années de vie malgré la mort qui rode.
Il montre aussi comment se créé un esprit de famille à côté des couples qui se font, se défont ou que la maladie détruit. Il y a notamment la belle séquence vers la fin du film avec la mère de Sean, qui apparaît furtivement et avec une grande pudeur. Commentaires du cinéaste sur cette notion de « famille »: « Je préfère toujours parler de « communauté ». La famille biologique en est une, qu’à un certain moment on quitte pour rejoindre d’autres communautés. En effet, il y a une fraternité dans le groupe. Je voulais que la famille biologique revienne à l’extrême fin du film, mais qu’on en sente la fragilité : une seule personne, à laquelle il n’a été fait référence qu’une fois dans le film. Ce qui m’intéressait, c’était l’étanchéité entre la mère et le groupe. Parmi les amis de Sean, la mère ne connaît que Max. C’est comme si elle avait effectué une trajectoire parallèle. On a souvent parlé, à propos des gays, de « rupture biographique ». C’est sans doute un peu moins le cas aujourd’hui. Mais c’était très fort à l’époque du sida. »
Certes, le film aurait gagné à être plus resserré – la répétition de certaines scènes « intimes » n’est pas toujours nécessaire dans l’économie du récit – mais il porte en lui une chargé émotionnelle indéniable qui font oublier d’indéniables longueurs.
A signaler la réédition d’Act Up – une histoire, de Didier Lestrade (Ed. Denoël)

