CAPITAINE THOMAS SANKARA, de Christophe Cupelin
Documentaire – 1h30
Sortie : mercredi 25 novembre 2015
Je vote : 3 sur 5
Capitaine Thomas Sankara dévoile le destin unique du président du Burkina Faso, de son élection en 1983 à son assassinat en 1987. Révolutionnaire, féministe et écologiste, Thomas Sankara a transformé l’un des pays les plus pauvres du monde en défendant la voix des exclus jusqu’à la tribune de l’ONU pour réclamer l’annulation de la dette africaine.
Y aller ?
Thomas Cupelin a déniché quelques pépites, même si l’image est parfois abimée, pour raconter
le destin tragique de homme d’état africain qui a marqué l’histoire de son pays et celle de l’Afrique d’une marque indélébile. « Pour ce qui est de la matière première, j’ai eu la chance de pouvoir compter sur des images d’archives remontées à la surface en 2007, année du vingtième anniversaire de sa mort. En effet, jusqu’alors, les traces audiovisuelles concernant Sankara et la révolution Burkinabé avaient disparu ou étaient du moins restées invisibles. Cette année-là, des archives importantes, libres de droits, sont apparues sur Internet ; deux films pour la télévision, contenant chacun leur lot d’images inédites, ont été réalisés en France, et j’ai moi-même trouvé de nouvelles archives » souligne le réalisateur.
De fait, Thomas Sankara a incarné un président jeune, atypique et qui a bouleversé le visage de son pays par une politique anti-impérialiste, laïque, écologique et féministe. Une force charismatique a touché la jeunesse de son pays et visiblement « agacé » plus d’un dirigeant de la vieille école des relations entre l’Europe et l’Afrique comme le montre ce document. Ainsi, lors d’un dîner officiel, François Mitterrand -ci-contre lors d’une visite en 1986- se montre perplexe devant la personnalité de
son invité et le dit sans ambages, quoique dans un langage resté « diplomatique ».
Le cinéaste évoque aussi la zone d’ombre entourant la mort tragique du président et qui prend une valeur toute symbolique aujourd’hui alors que le Burkina Faso a connu une tentative de coup d’état en septembre dernier. Commentaires de Christophe Cupelin : « On peut tuer un homme, mais on ne tue pas ses idées: cet adage s’adapte parfaitement bien à la figure de Thomas Sankara qui nous lègue une expérience sociale et politique complètement nouvelle et totalement singulière. D’une certaine manière, Sankara existe encore bien plus en étant mort que vivant. Il s’agit désormais de restituer la mémoire de sa parole à la fois aux Burkinabés et à l’ensemble de la communauté internationale. » Ce n’est pas le moindre enjeu d’un documentaire très riche qui ne masque pas une fascination certaine pour le dirigeant sans tomber dans l’hagiographie pure et dure.

