DE L’AUTRE CÔTE DU MUR, de Christian Schwochow – 1h42
Avec Jördis Triebel, Alexander Scheer, Jacky Ido
Sortie : mercredi 5 novembre 2014
Je vote : 3 sur 5
L’histoire ?
A la fin des années 70, quelques temps après la mort de son fiancé, Nelly décide de fuit la RDA avec son fils pour laisser derrière elle ses souvenirs pesants. Elle croit à un nouveau départ de l’autre côté du mur, mais, à l’Ouest où elle arrive sans aucune attache, son passé va la rattraper…
Et alors ?
Tiré d’un roman de Julia Franck, Feu de camp, ce film revient sur la période charnière dans la vie de l’Allemagne moderne qui a vécu pendant près de quarante ans coupé en deux. A travers l’odyssée de Nelly, qui obtient le droit de passer à l’Ouest avec son fils, Christian Schwochow décrit avec minutie le climat de cette période, que ce soit le passage effrayant du poste frontière que la vie dans le camp d’accueil d’urgence situé dans le quartier sud de Berlin où sont passés 1,3
millions de personnes sur les 4 qui ont fui la RDA, les relations avec ceux de l’Ouest… « J’ai découvert ce roman au début des années 2000. A cette période, de nombreux livres de jeunes écrivains de l’Est, traitant de l’époque de la RDA et de ses
conséquences, furent publiés. J’étais très intéressé par ces histoires de personnages qui changent de vie, aspirant à en vivre une autre, se retrouvant ainsi coincés dans un lieu transitoire étrange. J’ai eu le sentiment que c’était d’une certaine manière lié à mon histoire personnelle » souligne le cinéaste, né à Bergen en RDA en 1978. Et qui a connu ce passage après avoir quitté le pays quand il avait 11 ans.
Et il garde toujours en mémoire les difficultés pour s’adapter à cette nouvelle vie : « Tout d’abord, s’en aller était une grande aventure, l’aspiration à une vie différente. Je me souviens aussi qu’il nous a fallu tout de même un certain temps pour comprendre comment se comporter. Par exemple, à l’école on m’a dit: «Tu dois être soulagé d’avoir échappé à ce pays de merde». Ça m’a fait réaliser que je ne pensais pas de la même manière. Les premiers mois ont été particulièrement difficiles. Assis tout seul dans cette petite pièce, tout en sachant que mes parents n’avaient pas de travail. Papa arpentait les rues comme un fou. J’ai trouvé ça insupportable de ne pas avoir d’argent. Je n’avais jamais été pauvre auparavant. »
Ce que montre extrêmement bien son film, c’est le climat de suspicion qui règne de l’autre côté du Mur où les candidats à l’immigration, et surtout quand ils ont un métier en vue, scientifiques en l’occurrence, sont cuisinés par les autorités locales, flanquées de personnels américains. Par petites touches, le cinéaste décrit cette atmosphère étouffante qui déteint sur le comportement des habitants du camp d’urgence qui n’hésite pas à user de violence entre eux.
Bien sûr, la force du récit repose sur l’actrice principale du film qui joue Nelly, une femme courageuse qui résiste aussi aux pressions des autorités de l’Ouest. Un rôle fort pour Jördis Triebel, formée au théâtre, et qui fait une composition tout à fait convaincante de cette femme qui entend rester digne et libre, malgré tout. Pour cette prestation, elle a d’ailleurs reçu le Prix de la meilleure actrice au Festival de Montréal et le César allemand de la meilleur actrice.
Jouant sur les ambivalences, un climat permanent de tension, ce film retrace avec une certaine finesse le climat des années 80 entre les deux Allemagnes. Pour autant, le réalisateur a quelques difficultés de trouver une chute à la hauteur de son scénario.

