3 CŒURS, de Benoit Jacquot – 1H46
Avec Benoit Pelvoorde, Charlotte Gainsbourg, Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve
Sortie : mercredi 17 septembre 2014
Je vote : 3 sur 5
Dans une ville de province, une nuit, Marc, un inspecteur des impôts, rencontre Sylvie alors qu’il a raté le train pour Paris. Ils errent dans les rues jusqu’au matin. Quand Marc prend le premier train, il donne à Sylvie un rendez-vous, à Paris, quelques jours après. Si Sylvie va à ce rendez-vous, Marc, par malheur, le manque. En la cherchant quelques jours plus tard, il croise la route d’une autre jeune femme, Sophie, sans savoir qu’elle est la sœur de Sylvie…
Et alors ?
Fidèle à son univers, Benoit Jacquot raconte ici les ravages d’un acte manqué et du feu de la passion. Cette passion qui est une force qui dévaste tout sur son passage et ne peut
que pousser les personnages du récit dans leur moindre retranchement. Le cinéaste explique ainsi comment est née l’idée du scénario : « Je souhaitais tourner une histoire qui se déroule en province ; une ville moyenne que l’on devine un peu méridionale. La province française est un terrain propice pour développer un argument mélodramatique : je voulais précisément m’intéresser à un homme aux prises avec un amour caché. »
Mais, cette fois, ce ne sont pas les femmes qui portent le récit et sont même réduit -malgré le talent des deux actrices et de Catherine Deneuve, parfaite dans le rôle de cette mère aimante mais distante- mais cet homme banal mais au charme mystérieux et qui promène sa silhouette fébrile dans cet univers calme et ronronnant de la vie d’une bourgeoisie familiale. Pour Benoit Poelvoorde, c’est l’occasion de camper avec brio ce personnage d’inspecteur des impôts dépassé par cet amour qui le dépasse. Un comédien qui peut, tour à tour, laisser poindre une nervosité la plus extrême que se refermer sur lui-même, comme s’il voulait échapper à la prison des sentiments.
« Il y a toujours une part d’inconnu, dans la façon de jouer et d’être, de Benoit : que va-t-il faire ? Dans quel état va-t-il être : exalté ou, au contraire, complètement déprimé ? Même son usage de la langue est spécial, très articulé et très digressif à la fois. On ne sait jamais sur quel pied on va danser en filmant Benoit » souligne le cinéaste. Il est aussi bon quand, perdu dans ses pensées, il se regarde dans le miroir d’un bar que dans la séquence, très forte, d’une conversation nocturne par Skype avec Sylvie, exilée aux Etats-Unis et qui découvre soudain l’identité du mari de sa sœur.
Pour autant, le film laisse vraiment le spectateur sur sa faim car il ouvre bien des possibilités intéressantes dans le récit sans les utiliser vraiment. Ainsi dans la relation de Marc avec le maire de la petite ville qu’il va poursuivre pour malversation financière. Il y avait là l’amorce d’une autre piste mais Benoit Jacquot ne l’exploite que marginalement au point que l’on puisse se demander l’utilité de raconter cet incident en parallèle. Et ce n’est pas l’irruption de la voix off, qui semble bien plaquée dans le récit, qui donne de la cohérence à l’ensemble. Sa présence même semble témoigner des difficultés à tenir une vraie ligne directrice dans l’histoire.
Tiraillé entre plusieurs registres, Benoit Jacquot en parvient pas à mener un récit cohérent et a même bien du mal à trouver une fin crédible à ce portrait d’une passion dévastatrice.


