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FAITES TOURNER 2 – Deux documentaires de Sandrine Kiberlain et Cedric Klapisch – 2 X 26 minutes
Diffusion : Canal +, mercredi 16 avril, 22h20
Je vote : 3 sur 4
Loin des plateaux de cinéma, Sandrine Kiberlain et Cedric Klapisch évoquent, caméra en main, une réalité qui les inspire. Deux voyages très différents avec une émotion toute en retenue.
Deuxième numéro d’une collection lancée en 2013, avec Agnès Jaoui, Rachid Djaidani et Denis Podalydes, Faites tourner 2 a proposé à Sandrine Kiberlain et Cedric Klapisch de filmer un sujet qui leur tient à cœur à travers un film documentaire de moins de 26 minutes. Un format court qui peut ressembler à une sorte de nouvelle télévisée proposée à ces deux artistes pour faire œuvre originale.
Incontestablement, le plus étonnant est celui signé Cedric Klapisch qui livre ici une page d’une histoire personnelle aussi dramatique qu’émouvante, bien loin de l’univers de comédies qui a fait sa renommée. De fait, dans Mon livre d’histoire, il feuillette l’album de photos familiale
avec sa mère Françoise, qui fut psychiatre, et sa sœur Coline. Une histoire marquée par le drame de la Shoah. Les parents de sa mère, Raymonde et Robert Meyer, entrés dans la Résistance, ont été arrêté le 11 octobre 1943, par la milice, venue les arrêter à Montélimar. Ils sont morts en déportation à Auschwitz. Sur l’album de photos, alors que son grand-père était un photographe amateur passionné, les images en noir et blanc cèdent la place au vide de la page anthracite un jour d’hiver 1943. Tout est dit sans grand discours. Le cinéaste raconte au détour d’un plan comment sa mère lui fit la guerre quand il a décidé de faire des repérages à Berlin pour L’Auberge espagnole, tant le souvenir de ce passé la hantait en silence.
L’autre temps fort, c’est le moment où toute la famille revient en août 2013 à Montélimar pour dévoiler la plaque au numéro 7 de la rue Chabaud,sur la façade de l’immeuble où Françoise vécut ses derniers jours heureux avec ses parents. Pas de message grandiloquent du cinéaste mais juste ce témoignage pudique d’une blessure éternelle et l’occasion pour lui de rendre hommage à des grands-parents qui lui ont légué le sens de « la désobéissance civile » et cette leçon simple : « Profiter d’être heureux, d’être en vie »
Avec Sandrine Kiberlain et son Dis, quand reviendras-tu ?, on change de continent pour mettre le cap sur la Thaïlande et le Buriram, une province située au nord-est et un endroit parmi les plus pauvres du pays. Marraine de l’association La Chaîne de l’Espoir qui se bat pour offrir soins et éducation aux enfants démunis, elle a voulu nous faire partager le quotidien des membres de cette association et le travail éducatif de leur Maison bleue. Enregistrant le témoignage de Jinda, l’infirmière de l’orphelinat , comme celui des enfants -il y a un beau moment où ils offrent à Sandrine des dessins évoquant leur rêve d’avenir et le portrait de la comédienne- Sandrine Kiberlain ne tombe jamais dans l’émotion facile, le pathos déplacé. C’est juste, senti, et non dénué d’humour comme la séquence où elle apprend sa nomination dans la course aux Césars. Une manière de montrer aussi les vrais combats importants de l’existence face au dérisoire des honneurs.
Deux regards, deux émotions justes et une collection qui change du tout-venant télévisé. Une collection qui trouve joliment ses marques.
