LA LEÇON DE VIE DE DUSTIN HOFFMAN

quartet0100069
                                                    Pauline Collins et Maggie Smith

QUARTET, de Dustin Hoffman

Avec Maggie Smith, Tom Courtenay, Billy Connolly, Pauline Collins et Michael Gambon

Sortie : mercredi 3 avril 2013

Je vote : sur 5

L’histoire ?

À Beecham House, paisible pension au coeur de la campagne anglaise qui accueille des musiciens et chanteurs d’opéra à la retraite, le bruit court qu’une nouvelle pensionnaire va arriver. Et ce serait une diva ! Pour Reginald, Wilfred et Cissy, le choc est grand lorsqu’ils voient débarquer l’impétueuse Jean Horton, avec laquelle ils triomphaient sur les scènes internationales des années auparavant. L’ambition de Jean et son ego démesuré avaient alors ruiné leur amitié et mis un terme au mariage qui la liait à Reginald. Malgré les vieilles blessures, Reginald, Wilfred et Cissy s’efforceront de convaincre jean de reformer leur célèbre quatuor à l’occasion du gala annuel de Beecham House.

Pourquoi aller voir ce film ?

On connaissait le comédien de talent. On découvre un jeune cinéaste. En adaptant la pièce de son ami Ronald Harwood, datant de  1999, Dustin Hoffman  s’attaque à un univers qu’il connait bien, celui des artistes, pour le marier à plusieurs thèmes éternels : la dérive des sentiments, la vieillesse, les bonheurs de la création. Le tout avec le petit monde de l’opéra en toile de fond. Il souligne : « J’ai lu le scénario dans un avion et quand je l’ai terminé, ma femme s’est tournée vers moi, m’a vu en pleurs et m’a demandé pourquoi je sanglotais. J’ai seulement dit : Il faut que tu le lises ! ». Il poursuit : « On dit que la vieillesse n’est pas une partie de plaisir. Quand votre corps prend de l’âge, vous devenez plus vulnérable, mais j’ai toujours pensé que votre âme peut continuer à s’épanouir. J’ai presque 75 ans, et je crois que si vous avez la chance de vivre aussi longtemps, trois choses peuvent arriver : soit vous grandissez, soit vous régressez, soit vous stagnez, ce qui revient selon moi à régresser. Mais c’est tout à fait possible de grandir ».

quartet2102317

En optant pour le film choral, à la manière d’un Altman, il suit plusieurs de ces pensionnaires dans leur vie quotidienne avec le désir de continuer à prendre du plaisir à vivre. Ainsi, Wilfred « Wilf » Bond, campé avec brio par l’humoriste Billy Connolly, ne peut, malgré les aléas de l’âge, s’empêcher de jouer les séducteurs.

Dans Quartet, Dustin Hoffman se révèle enfin comme un fin directeur d’acteur qui sait tirer le meilleurs de comédiens de la trempe de Maggie Smith, absolument splendide dans le rôle de la diva qui a du mal à baisser sa garde. Dustin Hoffman ajoute : “Maggie approche les quatre-vingt printemps, et elle veut encore se donner à fond. Une attitude qui est source de frustration et de colère, car elle est consciente que cet effort lui ôtera une partie de son endurance, mais qu’il lui incombe de livrer une copie parfaite. À ses yeux, être actrice est une déclaration et une affirmation de soi, c’est tout pour elle. » Il faudrait encore évoquer la prestation  de Michael Gambon, qui campe le metteur en scène de ce gala de soutien à cette maison de retraite et promène sa longue silhouette, enveloppée dans un improbable cafetan qui semble sorti d’un musée.

Usant d’une photographie douce qui utilise les lumières naturels, ce film ressemble in fine à un tableau bourré d’humanité. Et où Hoffman, jeune cinéaste, sait toujours tempérer les moments douloureux d’une note d’humour. Notamment dans  la séquence où les anciens transmettent leur savoir aux jeunes générations, ce qui provoque un savoureux dialogue avec un rappeur, joué par un authentique musicien, Jumayn Hunter. Dustin Hoffman  qui tient à souligner : « J’ai choisi de recruter de véritables chanteurs d’opéra et musiciens retraités. Je ne voulais pas d’acteurs faisant semblant d’être musiciens ; je voulais que ce soit réel. Je pouvais gérer le fait qu’ils n’aient jamais joué la comédie, mais je voulais que le quatuor soit entouré de vrais artistes. Voilà des gens qui n’ont pas travaillé depuis des lustres, et qui viennent participer à ce projet, chaque jour habités par l’esprit que je souhaitais insuffler au film, et qu’ils m’ont offert gracieusement. » Un film débordant d’humanité et qui ne peut qu’émouvoir…

Laisser un commentaire